Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 52.djvu/305

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cèdent à des journées chaudes, et des hivers relativement froids sont suivis d’étés dont la moyenne égale celle des pays tropicaux. On conçoit combien un pareil régime atmosphérique est différent de celui de l’Europe occidentale. La prédominance des vents de nord-ouest et de sud-est en est le trait dominant. Aussi, tandis que les naufrages de l’Océan ont lieu principalement par les vents, de sud-ouest, ce sont ceux de nord-ouest qui poussent les navires vers les côtes d’Afrique, où les rades de l’Algérie, toutes ouvertes dans cette direction, n’offrent aucun abri assuré aux navires qui viennent y chercher un refuge. D’un autre côté, ce sont les vents de sud-est qui tous les hivers font échouer sur les plages sablonneuses de la Camargue ou du Languedoc les navires surpris sur les côtes de France par des coups de vent du sud-est accompagnés de pluies diluviennes. L’unité météorologique de la région est donc aussi évidente que celle des côtes occidentales de l’Europe, et ces deux unités sont séparées par des différences dont il me serait facile d’augmenter le nombre.

Sous le point de vue géologique, les rivages de la Méditerranée ont un relief caractéristique. Les chaînes de montagnes courent parallèlement à la côte ; une bande de terre assez étroite les sépare de, la mer. Ainsi les chaînes des Cévennes, des Alpes-Maritimes, des Apennins, des Alpes-Dinariques, du Taurus, du Liban, de l’Atlas et de la Sierra-Nevada présentent toutes ce caractère remarquable. lia en résulte que, le trajet des cours d’eau de la source à l’embouchure étant très court, peu de grands fleuves se versent dans la Méditerranée. L’Èbre, le Rhône et le Nil sont les seuls navigables, et sur toute la côte d’Afrique, depuis le Maroc jusqu’en Égypte, la Seybouse, près de Bone, est la seule rivière qui mérite ce nom. Les autres cours d’eau ne sont que des torrens ou des ruisseaux éphémères.

Je ne saurais insister ici sur les rapports géologiques des côtes de la France, de l’Italie, de la Grèce, de l’Asie-Mineure et de l’Afrique septentrionale. Je me hâte d’aborder l’étude de l’a végétation, dont l’uniformité a depuis longtemps frappé les yeux des naturalistes. Elle est telle que la région méditerranéenne forme réellement un centre de création distinct de ceux qui l’entourent, comme si les bords de cette mer intérieure n’étaient que les restes d’une vaste région disparue sous les eaux, ou bien comme si la végétation, expression de la composition du sol et du climat, traduisait fidèlement l’unité physique et météorologique dont nous avons parlé.

Lorsque sur l’un de ces beaux bateaux à vapeur des Messageries impériales qui parcourent avec une si merveilleuse régularité les échelles du Levant on fait le tour de la Méditerranée, il est impossible