Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 54.djvu/273

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tuiles, à laquelle répondit du fond de la basilique un affreux concert de cris d’angoisse, de vociférations et de blasphèmes. Les soldats pendant ce temps-là, et pour ne pas rester oisifs, déchargeaient sur ces malheureux leurs flèches et leurs javelots par les brèches des murs ou les fissures des portes. Ce fut un siège en règle, et pour le terminer convenablement on mit le feu à l’édifice. Près d’être étouffés ou brûlés, les assiégés ouvrirent enfin leurs portes, culbutèrent la ligne ennemie dans une sortie impétueuse et gagnèrent les rues de la ville. Quand le vainqueur entra, la basilique était remplie de blessés et de morts : le sang y coulait par ruisseaux ; on en retira, les uns disent cent trente-sept, les autres cent soixante cadavres. Ursin, pendant la bataille, s’était esquivé par un passage secret, et, retiré dans un coin obscur qui ne dépendait pas de l’église, il reçut furtivement la consécration des mains de l’évêque Paulus, son prisonnier.

Cette guerre soudaine en pleine paix, ce feu mis à un quartier de Rome, éveillèrent la ville en sursaut ; tout le monde fut debout. La populace s’agitait déjà, excitée par l’appât du pillage. Le préfet de la ville Juventius appela les troupes urbaines de leurs cantonne-mens ; mais, soit qu’il fût obligé décéder à l’émeute, soit plutôt qu’il voulût éviter une trop grande effusion de sang, il fit retraite hors des murs et se tint en observation dans un faubourg. Le préfet de I’annone Maximinus, qui s’était attiré la haine du peuple dans l’exercice de ses distributions de vivres, jugea opportun d’en faire autant, et la ville se trouva livrée à elle-même au milieu d’une révolution. La partie honnête et pacifique de la population romaine, et Damase à sa tête probablement, intervinrent pour calmer les esprits ; peu à peu les choses reprirent leur physionomie habituelle, et les préfets rentrèrent dans la ville. Les schismatiques cependant avaient occupé la plupart des basiliques, et Ursin allait de l’une a l’autre, ordonnant en masse des diacres et des prêtres pour se composer un clergé nombreux et redoutable : Juventius les en fit débusquer successivement par ses soldats. Chassés de la ville, les ursiniens se retranchèrent dans les cimetières et les églises de la banlieue, où ils entraînèrent à leur suite une foule égarée : il fallut les en expulser de vive force, et la basilique de Sainte-Agnès-hors-des-Murs subit un sanglant assaut. Quand la banlieue eut été balayée de ces bandes fanatiques, elles se répandirent dans toute l’Italie, où plus d’un évêque se rangea du côté du schisme. Cependant le préfet de I’annone, chargé de faire une enquête juridique sur les derniers événemens, la dirigeait avec la dureté de caractère qui lui avait valu l’animadversion des hautes classes de la population non moins que la haine des dernières. Né en Pannonie de souche barbare,