Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 54.djvu/72

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à la courtoisie de l’ambassadeur, qui chaque jour lui envoyait ses repas. On le renvoya bientôt à l’ambassade en lui défendant, sous peine d’excommunication, de rien révéler sur les interrogatoires. Sa santé était d’ailleurs fort bonne, meilleure même qu’auparavant. Pendant sept semaines, il n’entendit plus parler du saint-office ; l’ambassadeur pressait le pape et les cardinaux, qui promettaient une solution prochaine. Trois jours avant la conclusion du procès, cet ambassadeur rend compte au grand-duc d’une importante entrevue qu’il vient d’avoir avec Urbain VIII. « J’ai de nouveau, dit-il, sollicité l’expédition de la cause de Galilée. Sa sainteté m’a appris que, dans le cours de la semaine prochaine, il sera mandé un matin au saint-office pour y entendre prononcer la décision ou la sentence. Sur cela, je suppliai sa sainteté de vouloir bien, en considération de son altesse sérénissime, notre souverain, mitiger la rigueur dont la sainte congrégation aurait cru devoir user dans cette affaire, pour laquelle son altesse avait déjà reçu d’elle tant de faveurs, dont elle lui témoignait personnellement sa reconnaissance. » Le pape répondit que l’on avait accordé toutes les facilités possibles. « Quant à la cause, ajoutait-il, on ne peut faire moins que de prohiber cette opinion, parce qu’elle est erronée et contraire aux saintes Écritures, qui ont été dictées par la bouche de Dieu même, ex ore Dei. »

Le lundi 20 juin, Galilée fut mandé au saint-office et s’y rendit le lendemain matin seulement ; on le retint, et le mercredi 22, on le mena à l’église de la Minerve, par-devant les cardinaux et les prélats de la congrégation, pour lui lire la sentence et lui faire abjurer son opinion. La sentence porte la prohibition de son livre et sa propre condamnation à la prison du saint-office pendant un temps limité par le bon plaisir de sa sainteté. Il lui fallut en outre prononcer l’abjuration qu’on lui dicta. — « Moi, Galilée, dit-il à haute voix, dans la soixante-dixième année de mon âge, à genoux devant vos éminences, ayant devant mes yeux les saints Évangiles, que je touche de mes propres mains, j’abjure, je maudis et je déteste l’erreur et l’hérésie du mouvement de la terre. » On prétend qu’après avoir prononcé ces paroles, Galilée, poussé à bout, frappa la terre du pied en laissant éclater son impatience et son mépris dans une exclamation devenue célèbre : e pur si muove. Il le pensa sans aucun doute, mais il n’ignorait pas qu’il y a le temps de se taire et le temps de parler. Tant de franchise l’eût exposé à de grands périls, et le caractère de Galilée permet difficilement de croire à un tel élan. On ne trouve en lui ni cette noble vigueur que les épreuves fortifient, ni la généreuse ardeur que la menace excite et soutient. La crainte au contraire abattait les forces de son âme : il redoutait le martyre, le jugeait fort inutile à affronter, et ne s’en cachait pas.