Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 54.djvu/969

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sans dire que la quantité n’est pas le seul phénomène décisif dans le phénomène de la demande, et que la qualité tient une place considérable comme règle et mesure des prix. Voilà une loi simple et complète. Rossi ne l’admettait pas sans réserve, et proposait une autre combinaison. Il croyait qu’il était possible de fixer la théorie des prix, tandis que les autres économistes n’en signalaient que le plus constant phénomène. À son sens, les prix devaient avoir pour fondement la valeur réelle des choses, calculée sur les frais de toute nature nécessaires pour les produire. C’est ce qu’on nomme, dans la langue commerciale, le prix de revient. Cette donnée, méthodique en elle-même, a le tort d’être incompatible avec les faits. Le prix de revient ne règle jamais l’état du marché ; c’est au contraire l’état du marché qui règle le prix de vente. À côté du coût des choses, il y a des circonstances variables qui influent sur le parti qu’on en tire, par exemple la perfection plus ou moins grande de l’objet, les besoins de réaliser, les quantités disponibles. Rossi, en proposant une règle fixe pour les prix au lieu de les abandonner à leur mouvement aléatoire, méconnaissait le principe fondamental de l’échange, qui est la liberté des transactions. D’ailleurs où et comment se fixerait ce prix de revient ? Où en placer le contrôle ? A quel titre l’imposer ? Plus on pénètre dans sa combinaison, plus les impossibilités se multiplient.

La valeur en usage n’était pas une exception plus heureuse. L’école de Smith n’admettait qu’une sorte de valeur, la valeur en échange. Rossi crut reconnaître une lacune dans cette définition. La valeur d’échange, soit, disait-il : elle est constante, elle est visible ; mais n’y a-t-il pas d’autres valeurs ni moins visibles, ni moins constantes, par exemple la valeur des choses dont on use sans les échanger ? Un fermier consomme ses grains au lieu de les vendre, peut-on dire que ce ne soit pas là une valeur ? Les routes, les canaux, les ponts, les monumens, sont-ils destitués de valeur, quoiqu’on ne les échange pas ? Il y a donc lieu de désigner ce genre de valeur par un nouveau terme qui est la valeur en usage. Ainsi parlait Rossi. L’objection n’a que des apparences de solidité. C’est confondre la propriété des choses avec leur destination. Tout produit est échangeable, a eu cette qualité ou l’a encore ; seulement, au lieu de l’échanger, parfois on en use directement. L’usage n’infirme pas la valeur d’échange des objets. Ce fermier qui consomme ses grains pourrait les porter sur le marché. Ces monumens, ces canaux, ces ponts, réservés à des services publics, peuvent être appropriés, aliénés ; toute valeur d’échange n’est pas éteinte en eux, quoiqu’elle y sommeille. La communauté peut, à sa convenance, en user ou les vendre. On en a vu des exemples dans les biens nationaux,