Page:Revue des Deux Mondes - 1864 - tome 54.djvu/98

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le sentiment des convenances. Sans nous associer aux adversaires de l’école, qui prétendent qu’on y néglige absolument ce côté intellectuel de l’art, nous voudrions qu’on s’en préoccupât avec plus de sollicitude encore, qu’on s’exerçât plutôt à faire des artistes qu’à préparer des lauréats, qu’une partie de ce temps qui se dépense à dessiner et à laver des projets fût employé à développer le sens pratique des élèves et même à leur ouvrir parfois les chantiers de l’état pour les mettre en présence des grands problèmes de leur art et aux prises avec ses difficultés. Nous voudrions que sans couper leurs ailes, sans enchaîner leur imagination, on leur apprît à ne jamais confondre le grand avec le chimérique, à se défendre, même sur le papier, des prodigalités folles, à savoir faire d’autres palais que des palais des Mille et une nuits, à tenir compte enfin en toute occasion des dimensions, des accidens, des nécessités du terrain et des données de la dépense, ces lois impérieuses de toute architecture, tout cela, bien entendu, sans jamais négliger, dans la limite du possible, la ligne, l’effet, le style, ces autres lois non moins impérieuses qu’il faut toujours tenir devant leurs yeux. Eh bien ! répétons-le, n’est-ce pas jouer de malheur et nous donner gratuitement des apparences de chicane et des airs de contradiction ? On fait table rase à l’école, on renouvelle l’enseignement tout entier, et la seule partie qu’on réintègre et qu’on restaure est précisément celle où nous aurions souhaité le plus de changemens !

Heureusement voici une chance meilleure : nous pouvons sans réserve donner approbation à la création de ce cours de gravure qui comble une lacune vraiment inexplicable, création d’autant plus nécessaire que ce bel art, dont la France a tant de droits d’être jalouse, est aujourd’hui trop compromis par la plus merveilleuse et la plus prosaïque de nos modernes inventions. Déjà plus d’une fois, dans d’instantes requêtes, l’Académie des Beaux-Arts avait sollicité cette innovation nécessaire ; le mérite n’en est pas moins réel de l’avoir enfin accordée. Nous en dirons autant du choix du professeur : si incontestable que soit une supériorité, ne pas la méconnaître vaut un remercîment. Enfin, sans attacher à la nouvelle chaire d’histoire de l’art et d’esthétique le même caractère d’urgence et de nécessité qu’à ce cours de gravure, ne refusons pas d’y voir un heureux complément à l’enseignement de l’école. La prudence eût voulu qu’on n’y fît pas monter l’homme d’esprit et de rare mérite que d’impatiens auditeurs ont forcé d’en descendre. Il n’avait pas ce qu’il fallait pour inaugurer ce cours. Ses prédilections trop connues ne lui permettaient pas de professer avec autorité cette impartialité de goût qui est l’essence même d’un tel enseignement. Un choix tout différent eût été nécessaire. Au lieu d’un