Page:Revue des Deux Mondes - 1866 - tome 65.djvu/248

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et de sa confédération. Nous avons donc à prendre, et sans délai, des résolutions viriles à l’égard de notre établissement militaire. Le problème à résoudre est aussi nettement posé que pressant. Avouons la nécessité qui nous domine, quelque énorme qu’elle puisse paraître au premier abord. Il faut désormais que la France se tienne prête à posséder toujours pour le cas de guerre un effectif d’un million d’hommes, en tenant compte des divers élémens du problème, de nos ressources de population, des conditions économiques du pays, de nos traditions, de nos mœurs. Quel est le système par lequel nous pourrons satisfaire de la façon la plus efficace et la moins onéreuse à ce suprême intérêt de la sécurité, de l’indépendance et de la grandeur nationales ? Nous n’avons certes point la témérité d’émettre des propositions improvisées sur une matière qui, par tant de côtés, dépasse notre compétence. Il est pourtant d’une nécessité absolue qu’un nouveau système de recrutement, qui puisse nous assurer un effectif de guerre d’un million d’hommes, soit étudié, adopté, appliqué sans perdre de temps. La méthode actuelle fonctionne sur le pied d’un contingent de 100,000 hommes qui doivent le service pendant sept ans. Le recrutement s’exerce sur les jeunes gens qui ont accompli leur vingtième année. La France fournit chaque année 300,000 jeunes gens remplissant cette condition ; elle en prend 100,000. Si l’on tient compte des exemptions et des exonérations, on voit que notre prélèvement actuel épuise la moitié des inscrits de vingt ans et porte sur 150,000 hommes. D’une façon permanente, on ne pourrait aller au-delà sans cruauté pour les inscrits et sans nuire à des intérêts essentiels du pays. Faut-il abaisser l’âge de l’inscription, porter la durée du service à dix ans, à douze ans ? Ce serait aggraver et faire sentir aux populations d’une façon inintelligente et vexatoire les inégalités qui résultent de notre système de conscription. Il ne serait point pratique de songer sur le continent, comme ressource efficace, à un système de volontaires semblables aux volontaires anglais : nos mœurs, nos institutions politiques ne se prêtent guère à une organisation de volontaires analogue à celle que nos voisins ont adoptée comme un sport national. Serait-il possible de tirer de notre vieille institution de la garde nationale un meilleur parti qu’on ne l’a fait jusqu’à ce jour, et d’y trouver au besoin une force réelle pour la défense du pays ? Nous ne savons ; mais nous sommes convaincus d’avance que ce qu’il y a de plus pratique et de plus efficace, c’est l’imitation du système prussien. On entrerait pleinement dans la loi de notre révolution démocratique en rendant le service militaire obligatoire pour tous, en combinant des périodes de service actif, de réserve et de rappel en cas de guerre qui missent le salut public à l’abri de tout péril, sans assujettir en temps de paix le service actif à des conditions de durée trop onéreuses pour les classes industrielles et les intérêts économiques du pays. Dans la recherche et la réalisation de cette nouvelle organisation militaire, on sera certainement porté par la grandeur et l’autorité