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les pays du nord. Les enfans russes et suédois savent très bien qu’on ne peut pas peloter la neige farineuse de leur hiver, mais il a fallu le génie des grands physiciens auxquels on doit la théorie de la transformation des forces pour En donner la raison, et les expériences de Faraday, Tyndall et W. Thomson pour nous expliquer à la fois le regel de la glace des glaciers et leur progression.


IV. — STRUCTURE DES GLACIERS.

La composition de la glace de glacier n’est point homogène; cette glace, on l’a vu, est tantôt spongieuse, légère, remplie de bulles d’air et d’une couleur d’un blanc mat, tantôt plus dure, plus compacte et d’un bleu céleste. Ces bandes bleues au milieu de la glace blanche ont donné lieu à des discussions longues et passionnées qui ne sont pas près de finir. MM. Agassiz, Forbes, Desor, Tyndall, J. Ball, Whewel, W. Thomson, y ont pris part successivement. Elles avaient à peine commencé vers 1841 entre MM. Agassiz et Forbes, que j’essayai de me rendre compte de la structure intime d’un glacier. Je ne m’adressai pas aux grands glaciers de l’Oberland bernois ou de la haute Savoie. J’imitai les anatomistes. Quand ils veulent connaître la structure intime d’un organe complexe, ils ne l’étudient pas sur un animal adulte, où l’organe a acquis un développement qui masque les tissus élémentaires dont il se compose; ils l’examinent d’abord sur l’animal contenu dans le sein de la mère, sur l’embryon, où l’organe naissant se présente dans toute sa simplicité. Mais où trouver un embryon de glacier? Ces glaciers embryonnaires existent : ce sont de petits glaciers rudimentaires cachés dans les hauteurs de la chaîne secondaire des Alpes. J’ai déjà nommé celui qui se trouve à 2,610 mètres au-dessus de la mer, au pied du cône terminal de la montagne du Faulhorn, dans le canton de Berne. La grandeur de ce petit glacier varie, comme celle de tous les autres, suivant l’état météorologique des diverses saisons. De 1841 à 1846, années pendant lesquelles je l’ai observé, il avait en moyenne 58 mètres de long sur 138 mètres de large au bord de l’escarpement terminal, dont la hauteur a oscillé entre 10 et 20 mètres. Logé dans une dépression tournée vers le nord-nord-est, sa surface avait la forme d’un triangle dont le bord de l’escarpement était la base. Je pouvais, sur ce petit glacier, embrasser d’un seul coup d’œil l’ensemble et le détail des transformations qui s’opéraient à la superficie et dans l’intérieur de la masse. Comme il ne présente ni changemens de pente, ni étranglemens, et par conséquent ni crevasses ni cascades, les phénomènes s’y montraient dans toute leur simplicité, exempts des complications qui rendent leur ana-