Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/658

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m’a laissée une étude impartiale de ces documens est très complexe ; je la résumerai en peu de mots. Comparativement aux puissances qui l’entourent, la France paraît languissante et quelque peu affaiblie : elle est en progrès, si on la compare à elle-même. En effet, si l’on ne considère que l’accroissement numérique, nous restons bien en arrière de la Grande Bretagne et de l’ancienne confédération germanique, où les populations ont gagné 50 pour 100 de 1818 à 1861 et sont encore en plein épanouissement ; mais si l’on compare la marche du peuplement chez nous d’une époque à l’autre, on ne peut plus dire qu’il y a déchéance : il y aurait plutôt un certain progrès à constater. Le nombre des conscrits fournis par un même nombre de naissances est plus grand aujourd’hui qu’il y a quarante ans. Une meilleure nourriture dans beaucoup de départemens a fortifié le tempérament et relevé la taille. Sous la restauration, où le besoin de soldats était moins grand, y avait-il de la part des examinateurs une condescendance abusive pour multiplier les exemptions ? Je ne sais : je remarque seulement que, pour obtenir 1,000 jeunes gens bons pour le service, il fallait écarter 927 conscrits invalides ou de taille insuffisante [1], tandis qu’aujourd’hui, pour recruter le même nombre de soldats sains et suffisamment développés, on ne rencontre plus que 690 jeunes gens infirmes ou chétifs. Vers 1839, le nombre des garçons de vingt ans ne sachant lire ni écrire était de 486 par mille ; il n’a été que de 268 en 1864. On signale un affaiblissement relatif dans le chiffre des naissances, mais les décès ont diminué dans une proportion plus forte encore. En somme, on peut dire de la population française qu’elle a gagné en qualité, sinon en quantité. C’est le genre de progrès qu’on ambitionnait il y a vingt ans ; mais que cette amélioration laisse encore de tristesse, et que la France est loin de la validité qui devrait être l’état normal d’une grande nation !

Figurons-nous que nous sommes convoqués à une fête nationale, comme celles de l’ancienne Grèce : c’est la fête de la jeunesse française. Le bel âge dans sa fleur, la patrie en son printemps, comme on disait à Athènes, va s’épanouir sous vos yeux. Tous les jeunes garçons qui viennent d’accomplir leur vingtième année et qu’on va saluer du nom d’homme sont là réunis, au nombre de 325,000, et le défilé commence. Voici d’abord comme avant-garde ceux qui n’ont pas atteint la taille militaire ; on en compte 18,106 dont la stature est inférieure à 1 mètre 560 millimètres, soit quatre pieds

  1. M. D’Angeville ajoute en signalant cette proportion entre les valides et les infirmes : « Ce résultat serait alarmant, si on ne savait que les jeunes gens des classes qui ont servi de base à nos calculs étaient nés de 1805 à 1817, époque où les grandes guerres de l’empire entraînaient les populations hors du territoire. »