Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/668

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Dans quelle mesure la cavalerie doit-elle être amoindrie et l’artillerie développée ? On ne le sait pas encore. Admettons par hypothèse que la première soit diminuée d’un quart et la seconde augmentée de moitié. La cavalerie française dans son état actuel comprend 60,000 hommes, distribués en 62 régimens et 360 escadrons. La réduction des cadres à 16,000 hommes, qui suffiraient au besoin pour un nombre d’escadrons [1] égal à celui qui existe aujourd’hui, comporterait un personnel léger pour nos finances en temps de paix et très respectable en cas de guerre avec l’appel de la réserve. — Les destinées nouvelles de l’artillerie, révélées par les dernières campagnes, ont inspiré des travaux curieux concernant cette arme [2], et voici ce qu’il en paraît résulter. En même temps que les pièces de position pour l’attaque et la défense des points fortifiés tendent à prendre des proportions monstrueuses, l’artillerie de campagne va s’alléger en se mobilisant de plus en plus. On composera probablement des batteries de pièces plus petites dont on augmentera le nombre normal. On agencera toutes les parties du service, on combinera le travail et la lutte de manière à économiser le nombre des hommes. Dans ces conditions, avec des cadres portés de 12,000 à 16,000 hommes de grand et de petit état-major, on aurait les moyens de déployer en temps de guerre une artillerie formidable. — Les cadres actuels du génie, si on se reporte aux propositions faites par le gouvernement en 1850, pourraient être fortement réduits. — Les services spéciaux de la gendarmerie n’ouvrent pas carrière aux innovations, et quant aux équipages militaires et aux services administratifs, les réformes, si elles étaient jugées nécessaires, ne changeraient pas beaucoup les chiffres du personnel.

Ce décompte des armes spéciales n’est qu’un acheminement vers la solution cherchée : quelle sera la force de l’infanterie, c’est-à-dire quel sera le rôle de la nation armée ? Dans tout système admettant une landwehr sérieuse et posant en principe que tout citoyen sans exception doit à la patrie quelques années de son existence, il y a une difficulté qui consiste a équilibrer la durée du service actif en ménageant à la fois la population et les finances. Si le temps que les jeunes gens valides doivent passer dans l’armée soldée est trop prolongé, vous demandez trop au trésor public, et

  1. Je prends les bases de cette évaluation comme de celles qui suivent dans la loi portant fixation des cadres de l’armée, et votée en 1840, sur la présentation du général d’Hautpoul, ministre de la guerre.
  2. Voyez notamment un Essai sur l’organisation du personnel de l’artillerie, par un ancien élève de l’École polytechnique, 1865, travail important auquel j’ai emprunté d’utiles indications.