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l’histoire du christianisme qui nous était promise cette fois. Le plan ainsi réglé avait peut-être un certain avantage. L’histoire du christianisme est aujourd’hui le point d’attaque que la critique antichrétienne veut faire passer pour vulnérable, et qu’elle s’efforce d’entamer. Le public, il est vrai, après un moment de surprise, a déjà de lui-même fait à peu près justice de cette sorte d’agression, ou du moins de nouvelles tentatives, non moins habiles que les premières, ont rencontré une froideur qui semble de bon augure et qui atténue singulièrement la portée du succès précédent. N’était-ce donc pas le cas d’éclairer encore mieux ce public à demi revenu d’un premier engouement, de ne pas ajourner, même à court terme, une réfutation décisive ? Nous avions hâte, quant à nous, de voir aux prises avec ces nouveau-venus de la critique et de l’histoire celui qui a vraiment chez nous, voilà près d’un demi-siècle, fondé par son exemple la critique historique moderne. Opposer à leurs légèretés les vraies et sévères lois de la certitude historique, démolir pièce à pièce leurs plus savans échafaudages et mettre à néant leur crédit, n’était-ce pas, en fait de service à rendre au christianisme, un des meilleurs et un des plus urgens ?

M. Guizot a pensé qu’il y avait quelque chose de plus urgent encore. Sans renoncer à son plan primitif, à ses quatre séries, il en intervertit l’ordre : c’est à l’état présent des croyances chrétiennes qu’il s’attache aujourd’hui. Plus tard, il reprendra les questions historiques, l’autorité des livres saints, la concordance des Écritures, les discussions techniques et de détail ; plus tard encore, il tentera d’entrevoir les perspectives de l’avenir ; pour le moment, il n’a qu’un soin, qu’une pensée, il veut savoir ce qui se passe ou, pour mieux dire, ce qu’on croit autour de lui. Mettre en pleine lumière l’état actuel du christianisme, faire le dénombrement, le relevé comparatif des forces qu’il possède et de celles qui lui sont opposées ; sommer par là tous les chrétiens d’être en éveil sur le salut commun, leur apprendre à ne méconnaître ni leurs forces ni leurs périls, à se préserver aussi bien d’une sécurité trompeuse que d’un lâche découragement, voilà, ce qui le préoccupe, ce qui est son premier souci et ce qu’il tient pour son premier devoir, comme il le dit lui-même, il va au plus pressé, il se porte où la lutte s’engage, il se jette au milieu du combat.

Nous comprenons cette impatience. Toute question pâlit devant un tel problème ; il n’est pas de curiosité plus légitime que celle-là, et l’enquête qu’il s’agit d’entreprendre est à coup sûr la plus grave et la plus émouvante que nous puissions nous proposer ; ajoutons qu’il n’en est guère non plus d’aussi complexe et d’aussi difficile.

Ge n’est pas seulement en effet l’état extérieur et apparent du christianisme qu’il faudrait constater, c’est sa vie, son action, sa