Page:Revue des Deux Mondes - 1867 - tome 67.djvu/686

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


relèvent aujourd’hui avec regret, presque avec amertume, les vices et les dangers, M. Guizot n’en admet pas moins qu’il était en 1802 de la part du premier consul un acte d’intelligence supérieure bien plus que d’esprit despotique, et pour la religion l’événement le plus opportun et le plus nécessaire, la condition du saint. Il croit qu’après dix ans d’orgies révolutionnaires il ne fallait pas moins que la reconnaissance solennelle de l’état pour lui restituer l’influence, la dignité et la stabilité qu’elle avait absolument perdues.

Nous le croyons comme lui, mais non sans nous permettre de certaines réserves. Le concordat fut un bienfait sans doute. ; on n’en petit contester ni l’opportunité ni la nécessité : pourquoi ? Parce que deux ans auparavant le mouvement nationale de 1789 s’était brusquement transformé en une abdication au profit d’un seul homme. Si au lieu d’accepter ce sauveur, moitié par lassitude, moitié par enthousiasme, la France avait eu l’énergie, au prix d’un suprême effort et de nouvelles calamités peut-être, de se sauver soi-même et de rester maîtresse de ses destinées, les transactions du concordat cessaient d’être un bienfait nécessaire. Le christianisme aurait eu plus de peine, il eût mis plus de temps à recouvrer sa place sur notre sol, il ne fût pas rentré d’emblée, d’un trait de plume et du soir au matin, dans tous ses presbytères, dans toutes ses églises ; il les eût reconquis peu à peu, après avoir conquis les âmes ; il n’eût rien négligé, sans autre appui que son propre troupeau, pour le rendre plus fort, pour en grossir le nombre ; on l’aurait vu se ménager la confiance des populations, se faire accepter par elles comme un consolateur nécessaire, comme un père, un ami, non comme un émigré amnistié, réintégré par tolérance et par faveur, par acte d’autorité, et devenu l’obligé d’un homme et le vassal de son pouvoir. Ce n’est pas tout d’être guéri d’une maladie mortelle ; il faut encore que le remède, en triomphant du mal, ne lègue pas à celui qu’il délivre une constitution altérée, une vie languissante. Le concordat nous a guéris sans doute d’une grande plaie pour un peuple, le complet divorce avec Dieu ; il a rendu le christianisme à la France, mais il le lui a rendu moins robuste et moins aguerri, moins vivace et moins populaire, moins en état de tenir tête au danger que si les anciennes croyances avaient dû pour renaître se frayer elles-mêmes leur chemin. En religion ainsi qu’en politique, la France se ressent encore, peut-être même se ressentira toujours d’avoir été sauvée par le 18 brumaire.

Ce qu’il faut reconnaître avec M. Guizot, c’est qu’aujourd’hui, quand nous jugeons les œuvres de nos pères qui remontent à plus de soixante ans, nous en parlons bien à notre aise. Les résultats sont là qui nous éclairent. C’est en 1802 qu’il se faut transporter,