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ESSAI SUR LE DROIT PUBLIC D’ATHÈNES,
par M. George Perrot. Paris, Ernest Thorin.


Ce livre est une thèse de doctorat soutenue devant la faculté des lettres de Paris ; il fait partie de cette collection de travaux utiles et sérieux qui sont presque ignorés en France, mais qui nous font honneur à l’étranger. Ce serait le louer assez que de dire qu’il occupe dans cette collection une des meilleures places ; il a de plus cette bonne fortune assez rare qu’écrit pour les savans il peut intéresser les gens du monde. Sans avoir fait pour eux aucun sacrifice et par la seule nature du sujet qu’il a traité, M. Perrot s’est trouvé composer un ouvrage que tout le monde pourra lire avec plaisir et avec profit.

L’antiquité est souvent plus moderne qu’on ne le croit, il arrive que le passé ressemble étrangement au présent, et qu’on peut avoir un mérite d’actualité même en parlant de la Grèce et de Rome. C’est ce que prouve une fois de plus le livre de M. Perrot : en nous entretenant du droit public d’Athènes, il nous fait à chaque instant songer à nous. Notre société est toute démocratique, et depuis un demi-siècle son histoire ne se compose que des efforts qu’elle fait pour démocratiser son gouvernement. Chaque révolution, de quelque côté qu’elle vienne, a pour premier résultat de faire disparaître quelques-unes des formes du régime sous lequel nos aïeux ont vécu. Il est donc certain que ce courant qui nous entraîne ne s’arrêtera pas. Aussi les esprits curieux que l’avenir préoccupe s’empressent-ils d’étudier la démocratie dans les pays où elle domine. Il y a plus de trente ans que M. de Tocqueville l’est allé chercher en Amérique et qu’il en a rapporté ce bel ouvrage, auquel les événemens donnent de plus en plus raison ; mais on n’a pas absolument besoin de traverser l’Océan pour la connaître, il suffit de voyager dans l’histoire, ce qui est plus commode. Athènes nous la montre à l’œuvre et dans toute sa pureté. Nulle part elle n’a plus franchement arboré son principe et atteint avec moins d’hésitation ses dernières conséquences ; aucune étude ne nous fait mieux savoir comment elle marche et où elle arrive.

C’est assurément l’état où l’application du principe de la souveraineté populaire a été poussée le plus loin. Il faut voir dans le livre de M. Perrot toutes les précautions que ce peuple avait prises pour être bien réellement le maître. Le peu d’étendue de la république lui permettait de gouverner directement et par lui-même. Il n’était pas forcé, comme il arrive aujourd’hui dans les pays les plus démocratiques, de se choisir des représentans. L’expression de sa volonté ne courait pas le risque de s’affaiblir ou de se dénaturer en passant par la bouche d’un autre. M. Perrot fait d’ailleurs remarquer que, comme il avait l’âme très mobile, ses représentans n’auraient jamais représenté que les passions du jour où on les avait