Page:Revue des Deux Mondes - 1868 - tome 73.djvu/151

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été entièrement remise à l’administration des ponts et chaussées. De cette mesure, au dire du rapporteur, devait dépendre le repeuplement des eaux de la France; quant au bénéfice que l’état en devait tirer, il n’était pas évalué à moins de 15 millions. Nous ne savons si ces prévisions se réaliseront quelque jour; mais depuis huit ans environ que cette modification administrative s’est opérée, le saumon n’est pas devenu plus commun sur nos marchés, et la location de la pêche dans les cours d’eau publics n’a pas dépassé 600,000 francs, chiffre qu’elle atteignait sous le régime précédent.

Si les résultats n’ont pas été plus favorables, ce n’est pas cependant faute d’avoir fait pour cela les dépenses nécessaires, car les sommes annuellement consacrées à l’établissement de pisciculture de Huningue montrent assez que l’état n’a jusqu’ici reculé devant aucun sacrifice pour atteindre le but qu’il avait en vue. Nous puisons dans un rapport de M. Coumes, publié en 1862, les renseignemens suivans sur l’origine et l’organisation de cet établissement remarquable. L’art d’entretenir et de repeupler les étangs et cours d’eau a été connu de tout temps; mais ce n’est qu’au siècle dernier qu’un naturaliste allemand nommé Jacobi a imaginé la fécondation artificielle. Cette découverte tomba dans l’oubli, et ce fut un simple pêcheur des Vosges, nommé Remy, qui, sans en avoir eu connaissance, la mit en pratique vers 1840 pour multiplier la truite dans les ruisseaux de ces montagnes. Le procédé qu’il employait, expérimenté d’abord par MM. Berthot et Detzem, ingénieurs des ponts et chaussées, fut étudié par M. Goste, qui, dans l’espoir de l’appliquer au repeuplement général des eaux de la France, proposa au gouvernement de construire aux environs de Huningue un établissement dans lequel on pourrait recueillir les œufs fécondés des espèces de poissons les plus précieuses, les placer dans des appareils d’incubation convenablement disposés, et les distribuer ensuite à un certain degré de maturité sur tous les points du territoire. Une dépense de 30,000 francs avait été jugée suffisante pour cet objet; mais cette somme fut bientôt reconnue trop modique, car on sentit la nécessité de donner à cette usine un développement plus considérable. On dut en effet acheter et canaliser de nouvelles sources, faire des prises d’eau dans le Rhin au moyen de turbines, remplacer les hangars primitifs par des constructions plus solides, établir des clôtures. Ces diverses constructions successivement autorisées exigèrent jusqu’en 1862 une dépense de 265,186 fr. 01 c. Quant aux frais d’exploitation, ils se sont élevés pendant la même période à la somme de 347,186 fr. 36 cent.

L’établissement se compose d’un enclos de 39 hectares 56 centiares loué à une commune au prix de 2,410 fr. 49 cent. Les opé-