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il y a peu de temps encore, ôte jusqu’au goût des études indépendantes. Celui qui ne peut dire que la moitié de ce qu’il pense aimera souvent mieux se taire. Voilà du moins la cause à laquelle les Autrichiens eux-mêmes attribuent la stérilité dont leur pays semblait frappé dans l’ordre intellectuel. Il est certain qu’il y a quelques années les résultats du voyage scientifique de la Novara n’auraient pas été publiés dans l’esprit où ils le sont aujourd’hui, et c’est pour ce motif que nous nous plaisons à y voir l’un des symptômes de la régénération de l’Autriche.

L’expédition de la Novara fut organisée, il y a déjà plus de dix ans, sous les auspices de l’archiduc Maximilien, qui se trouvait alors à la tête de la marine autrichienne. Le but était multiple : il s’agissait d’abord de nouer des relations commerciales avec les pays transatlantiques et de déployer le pavillon impérial sur des mers qui ne le connaissaient pas encore ; on voulait en même temps favoriser les recherches des savans spéciaux qui seraient pris à bord, former des collections d’objets d’histoire naturelle que le voyageur isolé a beaucoup de peine à emporter, enfin établir des rapports réguliers avec les institutions scientifiques des pays lointains. La Novara était une frégate à voiles de quarante canons, bon navire de mer et fin voilier, placé sous le commandement du commodore B. von Wullerstorf-Urbair, qui est devenu depuis ministre du commerce. C’est ce même bâtiment qui, muni maintenant d’une hélice, remplit la funèbre mission de ramener dans sa patrie le corps de Maximilien. La commission scientifique était composée du docteur F. Hochstetter pour la géologie, du docteur E. Schwarz et de M. J. Jelinek pour la botanique, de MM. Frauenfeld et Zelebor pour la zoologie, et de M. Cari von Scherzer pour l’ethnographie et la géographie dans leurs rapports avec le commerce et l’économie sociale. L’esprit qui avait inspiré le Cosmos présidait à l’entreprise, et Humboldt, déjà affaibli par l’âge, profitait d’un retour de santé pour envoyer à ceux qui allaient partir quelques instructions, l’indication de certaines lois physiques à vérifier et enfin les vœux les plus touchans pour le succès des voyageurs dont il n’espérait plus voir le retour.

La belle frégate partit en avril 1857 et revint en août 1859, au milieu de la guerre entre la France et l’Autriche. Le vaisseau consacré à la science n’avait en tout cas rien à craindre : ordre avait été donné de le respecter sur toutes les mers. L’expédition, après avoir touché à Gibraltar et à Madère, avait visité successivement Rio-de-Janeiro, le cap de Bonne-Espérance, les îles de Saint-Paul et d’Amsterdam, Ceylan, Madras, les îles Nicobar, Singapore, Batavia, Manille, Hong-kong, Shanghaï, les Carolines, Sidney, Auck-