Page:Revue des Deux Mondes - 1868 - tome 76.djvu/533

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représentait ; mais les chapitres, les trois comitats slavons, les villes royales et le district de Tiropola y avaient aussi leurs députés. Dans la chambre haute siégeaient le ban, qui, parmi les hauts fonctionnaires de la couronne de Hongrie, occupait le troisième rang, les évêques, les ober-gespäne et les magnats croates. On voit que la nature du lien qui unissait les deux pays est très difficile à déterminer. Ailleurs la question eût présenté peu d’importance ; ici elle en avait beaucoup, parce que, les Hongrois se plaçant sur le terrain historique pour lutter contrevienne, c’était précisément sur ce même terrain que les Croates se retranchaient pour repousser les usurpations des Magyars. Lors du vote des malheureuses lois proscrivant l’emploi de la langue slave, le député croate Ossegovitch contesta énergiquement à la diète le droit de légiférer sur une pareille matière, et de toute façon il avait raison.

En 1848, le programme de la diète d’Agram demanda que toutes les affaires fussent décidées par elle, sauf ce qui concernait l’armée, les finances générales et les affaires étrangères, matières réservées à un parlement central. Le ban serait élu par la diète et installé par l’empereur, ce vice-roi administrerait par l’entremise d’un conseil responsable. La langue croate deviendrait l’idiome officiel, et tout fonctionnaire serait tenu de la connaître. Les troupes croates résideraient seules dans le pays, et elles ne pourraient être appelées hors des frontières qu’en cas de guerre. L’évêque deviendrait archevêque, la cour d’appel cour suprême, afin que les affaires ecclésiastiques et judiciaires fussent toutes décidées en dernier ressort dans l’intérieur du royaume. Le droit constitutionnel, criminel et commercial devrait être commun avec la Hongrie. Des députés seraient envoyés aux deux chambres de la diète hongroise, mais les lois qu’on y voterait ne seraient exécutoires qu’après avoir été ratifiées par la diète d’Agram. La grande assemblée non officielle du 13 mars 1848 avait réclamé en outre la consécration de toutes ces libertés auxquelles aspirent les peuples modernes, liberté de la presse, liberté de réunion et d’association, libertés communales, le jury, la responsabilité des juges, l’égalité de tous devant la loi et une garde nationale. En résumé, ce que les Croates voulaient obtenir des Hongrois, c’était exactement la situation que la Hongrie vient de conquérir vis-à-vis de l’Autriche ; mais pour eux ce n’était là qu’un premier pas, qu’un moyen d’arriver à réaliser de bien plus vastes espérances. Ils ne songeaient à rien moins qu’à réunir un jour en un seul état toutes les populations slaves du sud soumises actuellement à l’Autriche et à la Turquie, c’est-à-dire à ressusciter l’empire serbe de Douchan le Grand. Aussi cessa-t-on de donner au mouvement national le nom d’illyrien, qui, par les