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quelques jours, après une longue élaboration, à un compromis dont la rédaction a été confiée à M. Zuvitch, et qui sera soumis plus tard aux diètes des deux pays intéressés. Afin de bien établir la parité des droits, le texte de l’Ausgleich hongro-croate est écrit dans les deux langues en regard l’une de l’autre. On connaît les principales conditions de ce traité. La Croatie conserve sa diète, qui réglera souverainement toutes les affaires qui la concernent, sauf ce qui est d’intérêt général, l’armée, les douanes, les finances. Pour ces affaires communes, la Croatie enverra trente et un députés au parlement de Pesth. Celui-ci aura donc à tenir des séances spéciales où les députés croates prendront part à la discussion et au vote. Ce système est beaucoup meilleur que celui des délégations austro-hongroises. Il est plus simple. Les deux partis peuvent échanger leurs idées de vive voix. C’est presque une organisation fédérale, et on est resté fidèle aux précédens historiques. D’ailleurs le parlement anglais vote aussi des lois, tantôt pour les trois royaumes, tantôt pour l’Angleterre ou pour l’Irlande seulement. Fiume enverra des députés et à Pesth et à Agram. Des revenus de la Croatie, 45 pour 100 seront réservés aux dépenses particulières du pays ; le surplus sera versé dans la caisse commune. La Hongrie interviendra pour faire obtenir au royaume tri-unitaire son intégrité territoriale, c’est-à-dire l’annexion des confins militaires et de la Dalmatie. En résumé, la Croatie occupera vis-à-vis de la Hongrie une position assez semblable à celle que la. Hongrie occupe vis-à-vis de l’Autriche. Les Croates ont lieu d’être satisfaits. Les Magyars, si avides de domination autrefois, n’ont reculé aujourd’hui devant aucune concession. Ils ont voulu faire honneur à cette sage parole de Deák disant aux Slaves méridionaux : « Voici un blanc seing, inscrivez-y vos conditions. Nous les acceptons d’avance. Sauf le démembrement du royaume de saint Etienne, auquel nous n’aurions pas le droit de consentir, nous ne refuserons rien. »


III

Pour résoudre la question des nationalités en Hongrie, les Magyars doivent abandonner cet esprit de propagande intolérante au profit de leur langue qui, en 1848, a soulevé contre eux toutes les tribus slaves. Je sais bien que l’intolérance armée du fer et du feu a jadis atteint en plus d’un pays le but qu’elle se proposait, mais aujourd’hui elle n’est plus de mise. Tous les hommes de notre temps, même, j’aime à le croire, les partisans de l’inquisition, sont devenus trop humains pour que l’emploi des moyens impitoyables,