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par le chef de leur foi. Le cardinal Caprara et l’archevêque de Tours, M. de Barrai, furent du nombre de ceux qui s’imposèrent cet étonnant silence. A lire la lettre de M. de Barral, qui se désolait en termes lamentables sur les funestes conséquences qui allaient résulter pour le sort de la religion en France de la persistance du saint-père à ne pas instituer immédiatement les évêques nommés aux sièges vacans, on aurait pu s’imaginer que Pie VII cédait à quelque puérile fantaisie, qu’il n’avait ni sujet de plainte contre l’empereur, ni de raison à alléguer pour motiver son refus[1]. Quant au cardinal Caprara, il semblait ignorer absolument que le saint-père eût été dépossédé de ses états, qu’il eût été enlevé de force du Vatican, et qu’il fût alors retenu prisonnier par le chef de l’empire. On eût dit qu’il n’en avait pas seulement ouï parler. L’ancien légat du saint-siège ne s’était pas contenté de regarder comme non avenues les instructions de son souverain, qui lui avaient ordonné de quitter la France et de venir partager à Rome le sort de ses collègues du sacré-collège ; il avait choisi ce moment pour changer de nationalité, pour arguer de sa qualité d’archevêque de Milan et de sujet de l’empereur, pour resserrer de plus en plus l’intimité de ses liens avec l’oppresseur du prince qu’il avait la veille encore l’honneur de représenter en France. Sa santé tout à fait compromise empêchait d’ailleurs Caprara de remplir maintenant ses fonctions d’archevêque, comme naguère sa faiblesse incurable l’avait rendu impropre à s’acquitter de ses devoirs de légat. Il était resté à Paris, triste, malade, embarrassé de sa situation, mais ne voyant comme toujours de remède possible aux malheurs des temps que dans une complète soumission aux volontés de l’empereur. C’est en ce sens qu’il avait écrit au saint-père.

Pie VII connaissait de longue date la tendance de Caprara à trouver toujours acceptables, quelles qu’elles fussent, les conditions d’accommodement mises en avant par le gouvernement français ; c’est pourquoi il jugea sans doute à propos de lui faire sentir par la fermeté de la réponse à quel point sa conscience répugnait dans cette occurrence à l’arrangement projeté.


« Pour peu, monsieur le cardinal, que vous réfléchissiez sur cette proposition, il est impossible que vous ne voyiez pas que nous ne pouvons y acquiescer sans reconnaître à l’empereur le droit de nomination et la faculté de l’exercer. Vous dites que nos bulles seraient accordées non à ses instances, mais à celles du conseil et du ministre des cultes. D’abord l’église catholique ne reconnaît pas de ministre des cultes dont l’autorité dérive de la puissance laïque, et puis ce conseil, ce ministre, ne sont-

  1. Voyez la lettre de M. de Barrai, archevêque de Tours, adressée au pape le 4 août 1809. — Fragmens relatifs à l’histoire ecclésiastique du dix-neuvième siècle, p. 81.