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réserve, ne craint pas, dans ses lettres au comte Bigot de Préameneu, de donner à entendre que la mauvaise humeur du pape provient probablement de ce que les deux cardinaux ne sont pas des hommes de son choix. Il verrait plus volontiers, écrit-il, le cardinal Spina ; mais il a, quelques griefs contre le cardinal Caselli, auquel il reproche, entre autres choses, d’avoir accepté la place de sénateur sans lui avoir demandé son agrément. Le pape ne consent pas à recevoir les cardinaux le soif. A Mgr Doria, qui lui demandait la permissiez d’aller visiter leurs éminences, il a répondu : « Vous irez un peu plus tard ; ce n’est pas encore le moment de s’y rendre[1]. »

Pie VII resta deux jours entiers sans vouloir recevoir derechef les cardinaux. « Il accepta seulement de les rencontrer après leur dîner chez le gouverneur du palais (le comte César Berthier), parce que le public s’apercevrait moins de cette conférence, et qu’il ne supposerait pas qu’il existe des conférences entre eux et lui… Il a dit aux personnes de sa maison qu’il croyait les cardinaux envoyés pour sonder ses dispositions et les faire connaître. » Ce propos, remarque M. de Chabrol, annonce quelque défiance. « Il n’a rien transpiré de la conférence qui a eu lieu ce soir, continue le préfet de Montenotte. Pendant la journée, le pape a paru très soucieux. Il était fort distrait, et pensait évidemment à toute autre chose qu’aux bénédictions qu’il donnait à ceux qui venaient baiser sa mule. On croit qu’il méditait sur la conversation qu’il allait avoir avec leurs éminences[2]. » Pie VII eut en effet deux conférences avec les envoyés de l’empereur, la première avec le cardinal Spina, la seconde avec les deux cardinaux réunis. De son entretien avec le pape, qui dura environ une heure et demie, le cardinal Spina rapporta l’idée qu’il ne serait pas impossible de l’amener à s’occuper des affaires ecclésiastiques de France, et particulièrement de celles des évêques ; mais il paraît, mande M. de Chabrol au ministre des cultes, que le pape ne l’a pu faire jusqu’à présent par crainte de s’écarter des maximes consacrées. Il désire un conseil. Ce sont non pas seulement des personnes propres à expédier les affaires dont il dit avoir besoin, mais bien de personnes qui jouiraient de sa confiance et qu’il pourrait utilement consulter. Son éminence le cardinal Spina paraît persuadée que le pape n’emploierait pas le cardinal Caselli et lui-même conjointement. Il croit qu’on pourrait appeler à Savone d’autres cardinaux qui auraient plus d’accès et qui ne seraient pas suspects au gouvernement. Il cite entre autres le cardinal Antonelli, cardinal habitant Sinigaglia, âgé de plus de quatre-vingts ans, qui n’a pas été appelé en France à cause de son

  1. Lettre de M. de Chabrol à M. le comte Bigot de Préameneu, 7 juillet 1810.
  2. Lettre de M. le baron de Chabrol à M. le comte Bigot de Préameneu.