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à son gouvernement et même à sa cour. Il put, entre autres, y rencontrer tous ceux de la noble famille génoise des Brignole, attachée depuis des générations à la cause du saint-siège.

L’annonce que toutes ses intentions au sujet du saint-père avaient été si rigoureusement accomplies à Savone ne suffit pas à calmer encore le ressentiment de Napoléon. Le 20 janvier 1811, après avoir reçu le rapport de M. de Chabrol, il écrivit à son ministre des cultes une seconde missive qui ne figure pas plus que la première dans sa correspondance :


« Monsieur le comte, écrit-il à M. Bigot de Préameneu, j’ai reçu votre lettre avec le rapport du préfet de Savone du 11 janvier. Mon intention est que vous écriviez au préfet que le pape ne doit se mêler de rien, et comme il a lui-même proposé de ne se mêler de rien, si on le lui signifiait, je vous autorise à lui faire cette signification. Le préfet doit lui faire connaître que tous les chanoines et théologiens de France et d’Italie sont indignés des lettres qu’il a écrites aux chapitres, que par cette conduite il a été cause de l’arrestation de trois chanoines à Florence et de la confiscation de leurs prébendes, de la même sévérité exercée envers le chapitre d’Asti, et de l’arrestation du cardinal di Pietro, du chanoine d’Astros, de l’abbé Fontana, de l’abbé Gregori, qui tous ont été « éloignés » (sic) de manière qu’ils ne puissent jamais faire de mal ; que ces pratiques ténébreuses sont indignes d’un pape ; qu’il sera cause des malheurs de tous ceux avec lesquels il correspondra ; que, déclaré ennemi de l’empereur, il doit désormais rester tranquille, et, puisqu’il se dit lui-même arrêté, se conduire comme tel, et cesser de correspondre soit avec ses agens, soit avec ceux qui auraient noué quelques relations avec lui ; qu’il est fâcheux pour la chrétienté et pour l’église d’avoir un tel pape, aussi ignorant de ce que l’on doit aux souverains ; mais que du reste l’état ne sera pas troublé, et que le bien s’opérera sans lui. Vous écrirez en outre au préfet de Montenotte qu’il ait à prendre toutes les mesures nécessaires pour que le pape ne puisse communiquer avec personne, pour que les auberges de Savone et les voyageurs soient surveillés, et enfin pour ne rien laisser passer. Vous lui ferez connaître que le ministre de la police lui écrira pour les personnes qui doivent être arrêtées, renvoyées ou conservées auprès du pape[1]… »


Voilà certainement des sévérités et des rudesses qui laissent loin derrière elles celles de sir Hudson-Lowe. Le commissaire du gouvernement anglais, qui eut l’étrange petitesse de refuser à Napoléon le titre de souverain, ne songea du moins jamais à lui enlever ; sa glorieuse épée de capitaine. L’empereur, qui songeait à tout,

  1. Lettre de l’empereur à M. le comte Bigot de Préameneu, 20 janvier 1811.