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— qui se divisa en éclats de façon à former les planètes et leurs satellites. Dans cette division, les parties les plus légères s’éloignèrent le plus du soleil ; c’est ainsi que Saturne est moins dense que Jupiter, et ainsi de suite pour Mars, la Terre, Vénus et Mercure. Le globe terrestre, d’abord incandescent, fut longtemps avant de permettre à la vapeur d’eau contenue dans son atmosphère de se déposer à l’état liquide. Les pôles de la sphère se refroidirent les premiers ; l’eau y tomba en pluies abondantes et se réunit en vastes mers. Il se forma de même sur les sommets un peu élevés des lacs ou grandes mares qui se sont depuis écoulés sur les terres basses. D’un côté, les mers polaires envahirent une grande portion du globe à mesure que le refroidissement général le permit, et, de l’autre, les bassins des sommets vinrent former de petites mers intérieures dans les parties que les mers des deux pôles n’avaient pas encore atteintes. Les eaux, continuant à tomber jusqu’à ce que l’atmosphère en fût totalement purgée, envahirent successivement tous les terrains et couvrirent enfin la surface du globe jusqu’à une hauteur de 2 000 toises au-dessus de notre océan actuel. Comment les continens furent-ils ensuite mis à découvert ? C’est qu’il s’était formé sous la couche supérieure de la terre, pendant qu’elle se refroidissait, d’énormes boursouflures, de vastes cavernes, sur lesquelles les eaux reposèrent d’abord, mais où elles se précipitèrent quand elles eurent miné par leur poids la mince écorce qui les en séparait. L’abaissement produit ainsi dans le niveau des mers découvrit d’abord la tête des hautes montagnes, qui se chargea aussitôt de grands arbres et de végétaux de toute sorte. Ces arbres, entraînés par les pentes, allaient rouler au milieu des flots, et comme d’ailleurs les mers s’étaient peuplées d’animaux marins, les débris des végétaux et des animaux s’entassaient ensemble au fond des océans. Cependant, à mesure que les eaux allaient s’engouffrant dans les cavernes intra-terrestres, les plateaux, les continens, émergeaient à leur tour, et, comme ils ont tous été des fonds de mer, ils contiennent tous des coquilles marines mêlées à des végétaux fossiles.

Tels étaient les systèmes en face desquels se trouvait Voltaire. Ils avaient tous ce caractère commun de supposer que la terre avait été à un certain moment couverte entièrement par les eaux ; ils plaçaient en général aux origines de l’histoire un grand cataclysme dont la tradition nous avait été conservée par le récit du déluge universel ; les Anglais avaient même fait, comme nous l’avons montré, de grands efforts pour suivre pas à pas dans leur théorie la version mosaïque. Ce fut peut-être pour Voltaire un motif de se prononcer contre ces systèmes, car on sait qu’il aimait à prendre l’Écriture en défaut. En dehors de toute idée préconçue à cet égard,