Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 80.djvu/109

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est homme à les pénétrer de son esprit. Cette autorité éphémère conférée à quelques groupes de pensionnaires n’a rien de pénible ou de blessant pour leurs camarades, car les inférieurs de cette année seront les chefs dans un an ou deux. Ce qui nous étonne un peu, c’est que le système monitorial soit efficace, ou, s’il est efficace, c’est qu’il ne dégénère pas en une tyrannie d’autant plus vexatoire qu’elle s’exerce sans mesure et souvent sans contrôle.

Un grave abus, le fagging, dont la dernière commission d’enquête a révélé la regrettable persistance, est une conséquence naturelle de ce régime de liberté. Tout élève des classes inférieures est serviteur (fag) d’un élève plus ancien. Le fag fait les commissions de son maître, porte ses livres en classe, brosse ses habits, et, ce qui est plus cruel, reste encore un serviteur très humble sur la pelouse des jeux pendant les heures de récréation. A la moindre infraction au petit code de politesse écolière que l’usage a consacré, le malheureux fag est battu sans miséricorde. C’est l’abus des droits de l’ancienneté plutôt que le triomphe de la force brutale, ce n’en est pas moins une sujétion abominable à notre avis; mais les maîtres ne sont-ils pas cause en partie des mauvais traitemens que les aînés exercent sur leurs jeunes condisciples? Chez nous, on réprouve les châtimens corporels, parce qu’on les considère comme dégradans; en Angleterre, on en conserve l’usage avec une sorte de vénération. Les meilleurs pédagogues soutenaient, il n’y a pas longtemps, que le fouet est le châtiment le plus équitable que l’on puisse infliger. Par prudence, on en est venu à réserver au principal le monopole de cette brutale correction. Il paraît certain que l’usage s’en perdra bientôt grâce au progrès des mœurs publiques.

Comme régime intérieur, on vient de voir ce qu’est la plus célèbre école de la Grande-Bretagne; nous allons dire quels résultats on obtient par un tel mode d’éducation. Rappelons d’abord que les études conservent avec une fidélité désespérante les formes surannées du moyen âge. L’enseignement a pris pour point de départ les principes que voici : d’abord que l’éducation doit être générale et non professionnelle, en second lieu que la littérature, et non la science, en doit être la base, et enfin que le meilleur instrument d’une éducation littéraire, c’est la littérature grecque et la littérature latine. Le grec et le latin sont donc le fond de l’enseignement, c’est la seule partie des études que professeurs et élèves traitent avec honneur; encore ces langues sont-elles enseignées par des méthodes imparfaites. Les langues vivantes, la langue nationale elle-même, sont abandonnées au hasard des études libres et volontaires. L’écolier apprend à Eton à faire des vers ïambiques grecs