Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 80.djvu/156

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


répondu autrement que par l’éloquence. Cette affirmation, que nous maintenons vraie dans sa portée générale, comporte, comme toutes les assertions de ce genre, des exceptions dans lesquelles le plan de l’article ne nous permettait pas d’entrer, bien qu’elles fussent présentes à notre esprit au moment même où nous l’écrivions. Assurément ni la polémique ni l’érudition n’ont manqué à l’école théologique dans le débat qu’elle a soutenu, qu’elle a provoqué surtout, contre les thèses de la critique et de la science contemporaines; mais c’est le ton de l’éloquence et le goût de la discussion philosophique plutôt que théologique qui a dominé ce débat. En général, nos écrivains ou orateurs catholiques ont été moins des théologiens défendant le dogme dans toutes ses parties que des philosophes faisant campagne commune avec certaines écoles philosophiques au nom du spiritualisme.

Toutefois, il faut le reconnaître, les exceptions à cette tendance générale de la théologie contemporaine sont assez nombreuses et surtout assez importantes pour qu’il y ait lieu, sinon de combler une lacune au tableau que nous avons tracé, du moins d’ajouter un complément nécessaire à notre pensée. Notre intention n’est point de faire ici une revue, même sommaire, des ouvrages de polémique et d’exégèse qui recommandent la théologie catholique contemporaine. Répondent-ils réellement aux questions soulevées par la critique ? réfutent-ils les thèses que la science profane croit avoir démontrées? Voilà ce que nous voudrions rechercher. Il nous suffira de définir les méthodes générales auxquelles ces ouvrages se ramènent, d’en apprécier la vertu et la portée pour faire voir comment et jusqu’à quel point il est vrai de dire que la critique et la science modernes sont restées sans réponse, malgré le talent, l’ardeur, et même l’érudition déployés par leurs adversaires. Ces méthodes se réduisent à deux, que nous venons déjà de nommer : la méthode polémique et la méthode traditionnelle. De celle-ci, il existe un livre important, supérieur par l’érudition et le développement à tout ce qui a été écrit en ce genre dans l’école : c’est l’Histoire du Dogme, en trois volumes, par M. l’évêque de Grenoble; quant à l’autre, le public de la Revue a la primeur des premières pages d’une nouvelle œuvre, non moins vives, non moins tranchantes que les discussions analogues du même auteur, et dont on peut dire que, si elles n’offrent point le modèle de la polémique des théologiens catholiques, elles en présentent certainement un des types les plus significatifs. C’est chez ces deux auteurs que nous allons étudier ce que nous appelons la méthode théologique, en opposition à la méthode critique proprement dite.