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partialité bien supérieures, prenant à la lettre le symbole tel que l’entend le croyant et le jugeant avec toute la sévérité de la science et de la conscience modernes. Notre critique, à nous autres écrivains trop amis de la science allemande, sympathique dans ses sentimens, délicate et compliquée dans ses procédés, toujours prête à chercher le fond sous la forme, l’esprit sous la lettre, l’idée sous le symbole, n’est point du goût de M. Gratry, qui n’y cherche et n’y voit que des contradictions. Homme d’école avant tout par l’esprit, malgré les aspirations mystiques de son âme, pourquoi ne dirige-t-il pas ses coups sur la critique d’un Larroque, d’un Peyrat, d’un Boutteville? Nous pouvons lui promettre que dans cette érudition si sûre, dans cette discussion si serrée, dans ce langage si net, il ne trouvera guère matière même à ces contradictions apparentes qu’il nous reproche si vivement.

On ne pourrait s’expliquer par le simple entraînement de la polémique l’espèce d’acharnement avec lequel M. Gratry poursuit nos prétendues contradictions, si l’on ne savait en même temps que sa pensée obéit à une idée fixe. Il croit avoir fait une grande découverte dans l’histoire de la philosophie contemporaine en retrouvant une véritable parenté entre la sophistique et la dialectique de Hegel. Bien que cette invention de son ingénieux esprit ait fait sourire l’Allemagne et la France, il y tient, et en interprétant à sa façon des textes qui prêtent certainement à l’équivoque, il s’efforce de son mieux de montrer que la méthode hégélienne des thèses, des antithèses et des synthèses dont se compose le procès dialectique, se réduit aux thèses contradictoires du pour et du contre, du oui et du non sur toute chose, qui ont rendu si fameux les adversaires de Socrate. Que M. Gratry comprenne mal Hegel, cela ne fait aucun tort à son intelligence philosophique. Qui est sûr d’avoir parfaitement saisi l’enchaînement de toutes les propositions qui font le tissu de sa logique? Pour nous, qui avons essayé d’exposer le système de Hegel et particulièrement sa doctrine du procès dialectique, nous sommes bien loin d’affirmer qu’aucun des anneaux de cette chaîne serrée ne nous a échappé. Nous hésitons même encore aujourd’hui sur la vraie et intime pensée de cette singulière logique; mais ici, entre M. Gratry et nous, il ne s’agit point des contradictions hégéliennes dont le maître fait le principe même et le fond de sa philosophie. à s’agit de nos propres contradictions, réelles selon M. Gratry, purement apparentes selon nous, mais que nous n’avons jamais eu la prétention d’ériger en méthode. M. Gratry, qui s’évertue à rechercher partout dans nos ouvrages la thèse et l’antithèse, est forcé de reconnaître que l’auteur en reste là et que la synthèse manque le plus souvent, ce qui n’arrive jamais à la méthode hégé-