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trement que la théologie catholique, on peut voir en le lisant qu’il a d’assez bonnes raisons pour cela. Il soutient et croit pouvoir démontrer que la croyance à sa divinité n’est ni le sentiment de Jésus, ni le sentiment de ses apôtres, y compris Paul, en ne tenant compte que des synoptiques, des Actes des Apôtres et des Épitres de Paul. Il fait voir comment la figure de Jésus grandit et s’idéalise, dans le développement de la légende, toujours humaine avec les synoptiques, déjà surhumaine avec Paul qui fait du Christ le Verbe incarné, divine avec Jean et Justin le martyr, personne divine, égale et consubstantielle au Père avec les théologiens de Nicée et des conciles suivans.

On peut différer d’avis avec l’auteur sur la valeur dogmatique de certaines idées, par exemple sur la question de savoir laquelle des deux doctrines, celles d’Arius et d’Athanase, est supérieure quant à la portée métaphysique et à la vertu pratique. On sait que la théologie protestante n’a jamais embrassé avec ardeur le dogme de la Trinité, et qu’elle s’est toujours sentie attirée plus ou moins vers l’unitarisme. N’est-il pas permis de penser que M. Albert Réville, si libre que soit sa critique, cède un peu à ce sentiment, quand il termine ainsi le sixième chapitre de son livre : « Voulez-vous avoir une idée de la distance qui sépare le christianisme originel et authentique de ce christianisme orthodoxe fabriqué par les conciles? Tout de suite après avoir lu ce centon de contradictions imposées à la foi sous peine de l’enfer, ouvrez un Nouveau-Testament, relisez le Sermon de la montagne. » Le centon dont parle M. Réville, c’est le symbole dit d’Athanase, dont la foi du croyant accepte facilement les contradictions couvertes par le prestige du mystère, mais que tout esprit logique serait tenté de reléguer parmi les subtilités de la théologie byzantine, s’il ne songeait au parti que l’église devait en tirer pour établir l’autorité de son enseignement. En relisant ce symbole, M. Gratry et les théologiens de son école qui ont horreur de la méthode des contradictions doivent se sentir mal à l’aise, pour peu qu’ils cherchent à comprendre ce que l’église ordonne de croire. Où Tertullien se serait infailliblement perdu, comment un esprit de la même famille, comme M. Gratry, pourra-t-il se retrouver, à moins d’invoquer le bénéfice du mystère? Pour nous, qui avons toujours eu le goût de la théologie alexandrine, nous n’avons pas attendu les dernières œuvres de la critique contemporaine pour nous expliquer sur la grande pensée qui domine toute cette scolastique théologique. « Dieu habite-t-il ce monde, en verbe et en esprit, comme le vrai christianisme l’avait toujours soutenu? La présence ou l’absence de Dieu, la science ou l’ignorance du divin, la possession ou la priva-