Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 80.djvu/215

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l’aide de capitaux accumulés et d’une expérience commerciale supérieure? De son côté, cette dernière place ne peut non plus se passer du concours de Saint-Nazaire, qui lui donne le moyen d’obtenir la rapidité et l’économie de plus en plus indispensables aujourd’hui dans les opérations nautiques. Entre les deux villes, la communauté d’intérêts demeure évidente. Que sur certains points secondaires des divergences se produisent, c’est inévitable; l’avantage commun n’en exige pas moins que chacune suive sa destinée dans la ligne imposée par la situation même. Or comment atteindre ce but, si le port de Saint-Nazaire ne pouvait pas avoir toute sa liberté d’action dans sa sphère naturelle, et si la réalité ne remplaçait pas la fiction, maintenue sur tant de points? Ce port réclame notamment certaines institutions, telles qu’une bourse, une chambre de commerce, qui lui donneraient en quelque sorte une consécration morale. Les garanties de progrès, les raisons de sécurité, en dépendent absolument; mais la création d’établissemens de ce genre qui contribueraient efficacement à élargir la zone du travail se rattache par les liens les plus intimes à une question qui mérite d’être examinée à part, celle de la formation de la cité.


II.

La formation de la cité était une œuvre bien autrement complexe que la construction du port. On n’avait plus ici le secours direct de la science. Il ne suffisait pas non plus de remuer des pierres et des millions. Il fallait du temps; il fallait surtout cet esprit de suite infatigable et cet esprit de mesure raisonné qu’il est si rare de trouver réunis. On s’adressait à des élémens toujours délicats, les volontés et les intérêts. Pas plus que pour le port, rien ne se trouvait prêt sur les lieux mêmes. La petite cité de Saint-Nazaire, telle qu’elle existait avant l’ouverture du bassin, se vit aussitôt après absorbée par les invasions extérieures. La commune était vaste et populeuse, il est vrai ; mais le plus grand nombre des habitans était disséminé dans la campagne. Le noyau central ne comprenait guère, en dehors des pilotes, des pêcheurs et d’un poste de douaniers, que des artisans et quelques familles de petits propriétaires. A cette agglomération, qui offrait peu de résistance et qui fut promptement rompue, en succédait une toute différente, formée au hasard, de toutes pièces. Les nouveau-venus, placés dans les positions les plus dissemblables, ne se connaissaient pas les uns les autres. Un même désir les aiguillonnait, le désir de faire rapidement fortune sur un sol où on leur avait annoncé que germaient les succès faciles; mais ce désir ne suffisait