Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 81.djvu/575

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maître de Rembrandt, est surtout remarquable en ce qu’on y surprend un vague sentiment du brusque rayon lumineux qui a produit chez le, grand peintre tant d’effets d’incomparable magie. L’autre est un tableau de Honthorst, la Chansonnière, caricature de la vie des rues de Hollande, sans autre charme que celui d’une réalité enlevée avec esprit et verve comique, mais curieuse en ce sens que la copie de la réalité y est faite non avec le fini des peintres de l’époque suivante, qui eurent le bon esprit de transformer en miniatures les personnages de leurs tableaux de genre, mais dans de grandes proportions et presque selon le système italien. De tous les premiers peintres hollandais, Honthorst est peut-être celui qui donne le plus l’idée de la manière dont quelques-uns de nos modernes artistes ont compris l’imitation de la réalité.

La partie vraiment intéressante de ces archives peintes est la partie moderne, celle qui se rapporte à l’âge d’or de l’indépendance hollandaise, c’est-à-dire les peintures de van der Helst et de Franz Hals. Sans sortir de France, nous avons une idée très complète de la peinture hollandaise de genre et de paysage ; mais il faut aller en Hollande pour se rendre compte de ce que fut cette peinture démocratique illustrée par van der Helst, Franz Hals, Franz Grœbber, Pierre Auraadt, vingt autres encore, parmi lesquels Rembrandt en personne. L’inspiration première de cette peinture est une audace naïve des plus amusantes, à laquelle on pardonne facilement, puisque nous lui devons plusieurs chefs-d’œuvre. Figurez-vous qu’une sorte de fièvre de vanité s’emparant de nos diverses administrations municipales, toutes jusqu’aux plus chétives voulussent avoir leurs portraits collectifs, administrations de toutes les mairies de Paris, administrations de tous les bureaux de bienfaisance, administrations de tous les monts-de-piété, de tous les hospices, de tous les établissemens publics, de banque, états-majors de tous les corps de la garde nationale. Ce n’est pas seulement l’hôtel de ville de Harlem, c’est encore celui d’Amsterdam et bon nombre d’édifices municipaux de la Hollande qui sont pleins de ces singulières archives peintes. Les trois chefs-d’œuvre que l’on voit à la Trippenhuys d’Amsterdam, le Repas de la milice bourgeoise de van der Helst, la fameuse Ronde de nuit et les Syndics des drapiers de Rembrandt appartiennent à ce genre de peinture. Il y a mieux, la Leçon d’anatomie rentre en plus d’un sens dans cette catégorie, car ce tableau fut composé par Rembrandt pour la guilde des chirurgiens, et les nouveaux biographes du grand peintre [1] nous

  1. Entre autres un Hollandais, M. Vosmaer, qui vient justement de publier la seconde partie d’un livre abondant en curieux détails sur Rembrandt et ses œuvres.