Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 82.djvu/1023

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Espagne même; quelques-unes se sont dissoutes, d’autres se sont réfugiées dans les montagnes; il y a des insurgés qui se sont hâtés de faire leur soumission, il y en a qui ont été fusillés sommairement. En somme, sauf l’imprévu, qui joue toujours son rôle au-delà des Pyrénées, c’est une affaire qui semble manquée pour le moment et qui devait manquer, à bien voir les choses.

Le parti carliste a fait plus de bruit que de besogne, et a montré plus d’impatience que de perspicacité. Il ne s’est pas aperçu que, si une réaction doit se produire en Espagne, elle n’a pas encore sérieusement commencé. La révolution date d’un an, il est vrai, elle n’a pas créé une situation des plus brillantes, elle laisse tout en suspens; elle n’a pas eu cependant de telles conséquences que le pays en soit venu à tout accepter pour s’en délivrer. Jusqu’ici, la révolution, malgré les incertitudes qu’elle entretient, n’est pas essentiellement impopulaire. Elle a commencé par abolir les impôts de consommation, par supprimer ou atténuer la conscription, puisqu’on beaucoup de cas ce sont les municipalités ou les provinces qui ont fait les frais des remplacemens militaires pour ceux qui ne voulaient pas servir. On sera bien obligé de revenir un jour ou l’autre sur ces actes passablement équivoques et provisoires, car enfin il faut bien une armée et de l’argent; on est parvenu jusqu’à présent à éluder cette nécessité rigoureuse, de sorte que les populations n’ont pas eu le temps d’être aigries par les déceptions. D’un autre côté, on aurait pu sans doute autrefois soulever le pays au seul mot de religion, ameuter le fanatisme populaire contre cette maigre liberté des cultes consacrée par la constitution nouvelle. Aujourd’hui cela ne suffit plus, on n’a pas envie de s’insurger parce que quelques douzaines de protestans ou d’israélites iront s’établir en Espagne. Il en résulte que cet appel aux armes des carlistes reste sans écho dans les masses. Chose caractéristique, dans presque toutes les bandes qui courent l’Espagne depuis quelques semaines, ceux qui jouent le principal rôle sont des curés, des chanoines, des séminaristes, des sacristains, toute la clientèle cléricale. Les populations ne les suivent pas, elles les livrent quelquefois. C’est ce qui fait la force du gouvernement de Madrid contre une insurrection qui a eu de plus le désavantage de débuter d’une manière assez décousue, probablement par suite de la division qui paraît s’être mise entre ses chefs dès l’entrée en campagne. Cet essai de guerre civile n’est pas moins une lumière pour le gouvernement et pour le pays. Monarchie ou république, il faut qu’on choisisse, et en définitive par leur prise d’armes les carlistes pourraient bien avoir éclairci un peu les choses et fait sans le vouloir les affaires du prince des Asturies, si, comme on le dirait aujourd’hui, bien des esprits, après avoir parcouru le cercle de toutes les combinaisons possibles, commencent à en revenir tout simplement à la royauté du jeune fils de la reine Isabelle. Les chefs actuels de la révolution n’en sont pas là encore, à ce qu’il paraît; ils ne partagent nulle-