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Les habitans de la Serbie ne pourront se rassurer tant que, sous ce rapport aussi, pleine satisfaction n’aura pas été donnée aux réclamations légitimes de votre altesse et de toute la nation. » Cette même assemblée ne se sépara pas sans avoir consenti à une sage réforme dans le système de l’impôt direct et à l’établissement de quelques taxes indirectes, mesures qui augmentaient les ressources du pouvoir, et lui permettaient de pousser plus activement ses préparatifs. L’armée et la milice nationale s’organisaient et s’exerçaient par les soins d’un officier du génie français, M. Mondain, qui a rempli en Serbie les fonctions de ministre de la guerre et des travaux publics jusqu’au mois de mai 1865. Comme pour répondre par une éclatante manifestation à la mauvaise volonté de la Porte et de certains cabinets européens, on célébrait à Belgrade par des réjouissances publiques le cinquantième anniversaire du réveil de la nation, alors que Milosch Obrenovitch, après la défaite de Kara-George, donna le signal de la seconde insurrection qui devait aboutir à l’affranchissement définitif de la Serbie.

En 1666, l’agitation continua. Avant et après Sadowa, la presse occidentale discutait avec ardeur des plans plus ou moins chimériques d’après lesquels on aurait donné à l’Autriche, épuisée de l’Italie et rejetée vers l’Orient, des compensations territoriales en Bosnie et en Herzégovine. Or les Serbes se croient des droits sur ces provinces toutes slaves, et frémissaient à l’idée de voir s’y établir, au lieu de la Turquie, malade dont ils espèrent bientôt hériter, une des grandes puissances militaires de l’Europe. Ce danger une fois écarté par le traité de Prague, on eut l’idée à Belgrade de profiter, pour agir à Constantinople, des embarras que causaient au sultan l’insurrection crétoise et l’attitude hostile de la Grèce. Pendant que le prince Michel parcourait la Serbie et passait à Passarowitz une revue de 10,000 miliciens qui fit quelque bruit, M. Marinovitch, envoyé à Saint-Pétersbourg pour assister au mariage du tsarévitch, y recevait le meilleur accueil, et passait à son retour par Berlin et par Vienne. Au mois d’octobre 1867, M. Ristitch, agent serbe à Constantinople, demanda formellement l’évacuation complète des forteresses, y compris Belgrade.

Les Serbes laissaient volontiers croire qu’un refus de la Porte entraînerait entre la Serbie et la Turquie une rupture qui amènerait peut-être le soulèvement de toute la partie européenne de l’empire ; la situation de l’Europe était en même temps si incertaine que le cabinet ottoman pouvait craindre de se voir enlever par quelque conflagration générale le bénéfice des garanties et des alliances sur lesquelles il avait le plus le droit de compter. Dans de telles circonstances, aucun ambassadeur n’osa conseiller au