Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 82.djvu/912

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avons faite l’an dernier sur l’enseignement supérieur. Je ne pense pas pourtant qu’elle soit sans profit, et le moment me semble bon pour l’entreprendre. Les questions gagnent à être examinées dans le recueillement et le calme, loin de ces entraînemens de la lutte qui amènent inévitablement les deux partis à fermer les yeux à la vérité et à résister à la justice. C’est ce qu’ont pensé quelques bons esprits qui ont voulu profiter de cet apaisement momentané pour demander qu’on fît dans notre enseignement secondaire quelques réformes qu’ils jugent indispensables. Le dernier ministre de l’instruction publique, M. Duruy, n’était pas de ceux que les réformes effraient. Il n’avait pas cette superstition du passé qui veut nous contraindre à en respecter même les erreurs. Personne n’a cherché avec plus d’ardeur et de conscience que lui à corriger les imperfections de notre enseignement, et sur beaucoup de points il a trouvé des remèdes efficaces qui, je l’espère, lui survivront. Tout le monde lui rendra au moins cette justice que, contrairement aux habitudes de l’administration, qui se réjouit du silence, il aimait à provoquer la discussion, il laissait les opinions se produire librement, et ne regardait pas comme une faiblesse de demander des conseils et de les suivre; mais avant d’écouter ceux qui lui conseillaient de changer les méthodes et la discipline de nos lycées, il voulut faire une sorte d’enquête sur l’état de l’enseignement dans les pays voisins. Cette enquête a produit des livres importans, pleins d’observations curieuses et de renseignemens utiles. Aidons-nous de tous ces travaux pour exposer ce qui semble le plus profitable dans les changemens qu’on nous propose.


I.

Quand on fait des plans et qu’on prépare des réformes pour l’avenir, il n’est pas mauvais de commencer par se retourner un peu vers le passé. L’état actuel d’une institution qu’on veut améliorer se comprend mieux lorsqu’on sait les vicissitudes qu’elle a subies. Elles ont été de nos jours bien fréquentes pour l’instruction publique, et l’on peut dire qu’aucune épreuve ne lui a été épargnée. Certes nous traversons depuis vingt ans des révolutions de toute sorte, et le changement est notre vie; mais au milieu de cette instabilité générale rien n’a plus changé que notre enseignement secondaire. On l’a vraiment traité comme ces âmes viles sur lesquelles les médecins du XVIIe siècle se permettaient de faire des expériences. Quoique l’histoire soit d’hier, on oublie si vite chez nous qu’il est bon d’en faire souvenir.

La révolution de 1848 trouva l’enseignement secondaire aux mains de l’Université, qui en avait le monopole. A la vérité, l’Uni-