Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 82.djvu/929

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tion et l’empire firent une grande place aux sciences physiques et naturelles; l’histoire fut très favorisée par le gouvernement de juillet; les langues vivantes deviennent tous les jours plus envahissantes. Il est sûr que voilà beaucoup d’études entassées : c’est une encyclopédie entière qu’on veut faire entrer dans ces jeunes têtes. Que ce soit un danger pour elles et qu’elles succombent souvent sous le fardeau, je ne le nie pas; mais le remède n’est pas facile à trouver. M. de Laprade en propose d’héroïques: il voudrait qu’on supprimât une bonne moitié de l’histoire et presque toutes les sciences, qu’il ne fût plus question des langues vivantes, et qu’on revînt à peu près au temps où l’on n’apprenait que le latin et le grec. C’est agir d’une façon un peu trop révolutionnaire. Ceux qui sont favorables à ces mesures violentes nous disent, pour les justifier, que les matières enseignées dans les collèges ont peu d’importance, qu’on n’y vient que pour se former l’esprit, « qu’on y apprend à apprendre, » et que l’instruction véritable s’acquiert plus tard. Ce n’est pas vrai pour tout le monde, et beaucoup attendent de leur séjour dans les écoles des fruits plus solides et plus réels. Combien, entraînés par les nécessités des affaires, n’ouvriront guère plus de livres quand ils auront fini leurs classes! Ceux-là se font au lycée la provision de science et d’instruction sur laquelle ils doivent vivre. Ils ne sauront de géographie et d’histoire que ce qu’ils y auront appris. Ils n’auront plus l’occasion de connaître quel est le principe de ce télégraphe dont ils se servent pour leur commerce, de cette machine à vapeur qui les emporte dans leurs voyages. Les grands souvenirs du passé, qui donnent plus de prix au présent en nous révélant les efforts qu’il a coûtés, ils n’en sauront jamais rien, si on ne le leur apprend au lycée, et il manquera quelque chose à leur vie. C’est ce qui explique comment les connaissances dont l’utilité était reconnue furent successivement introduites dans l’enseignement. Ce n’est point par mode ou par engouement que l’Université l’a souffert; elle a cédé à l’opinion qui, là comme partout, est la maîtresse. Dès le commencement du XVIIe siècle, Richelieu se préoccupait de la direction trop uniforme et trop littéraire qu’on donnait de son temps à l’instruction de la jeunesse, il avait l’intention de fonder un collège où les sciences, la géographie, l’histoire et les langues vivantes auraient eu une grande place. Depuis cette époque, on n’a cessé de réclamer partout l’élargissement du système des études, et l’Allemagne, aussi bien que la France, a été forcée de faire droit à ces réclamations. L’Angleterre résiste encore; chez elle, les collèges anciens et les écoles de grammaire (grammar schools), fidèles à l’esprit du moyen âge, qui les a fondées, ne consentent à enseigner que le latin, le grec et un peu de mathématiques; mais là aussi l’opinion s’est déclarée avec tant de violence qu’il est probable que