Page:Revue des Deux Mondes - 1869 - tome 84.djvu/1039

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appendice, des notes entomologiques sur le puceron de la vigne. Nous nous inspirerons surtout de ces deux documens les plus complets qu’on ait publiés jusqu’à ce jour. Ajoutons qu’ils se distinguent par une absence de parti-pris assez rare dans ces matières.

La nouvelle maladie de la vigne n’a été constatée jusqu’à présent que dans deux régions, la vallée du Rhône et le département de la Gironde. Elle présente dans la Gironde exactement les mêmes caractères que sur les bords du Rhône, mais il s’en faut qu’elle y ait fait des ravages aussi étendus. Un petit nombre d’hectares, soixante environ, sont seuls atteints, dans la direction de Floirac et de Saint-Loubès, au nord-est de Bordeaux, sur la rive droite du fleuve, que la contagion n’a pas franchi. Le Médoc jusqu’ici n’a donc souffert d’autre mal que la peur. Dans la vallée du Rhône, il n’en est pas de même. De Montélimart à la Crau, le fléau s’étend sur les deux rives, mais avec des proportions inégales. La rive droite est la moins maltraitée ; l’Ardèche est épargnée ; c’est le Gard qui est envahi, à peu près dans toute sa longueur, de Pont-Saint-Esprit jusqu’à Nîmes. La rive gauche, dont le caractère géographique est différent, et qui offre de grandes plaines et des vallées arrosées par l’Aiguës, l’Ouvèze, la Sorgues et la Durance, est presque partout ravagée. Les dégâts commencent au nord à 18 kilomètres au-dessus de Montélimart ; mais la Drôme peut s’estimer plus heureuse encore que le département de Vaucluse, qui est de beaucoup le plus dévasté. Sur 30,000 hectares de vignobles, 10,000 hectares y sont ruinés par la maladie. Enfin les Bouches-du-Rhône sont aussi durement éprouvées, surtout dans la plaine qui s’étend entre le Rhône et la Durance, dans le pays de Trébon, entre Tarascon et Arles, et dans la Crau. Il faut noter une circonstance digne de remarque, c7est que, à mesure qu’on s’éloigne des bords du fleuve, l’intensité du mal diminue. Tandis, par exemple, que les arrondissemens d’Orange et d’Avignon sont désolés, celui de Carpentras n’a perdu qu’un dixième de ses vignes, et celui d’Apt est presque entièrement préservé. Sur tous ces points, la maladie a éclaté à peu près simultanément pendant l’été de 1868.

Quelle était la cause de la nouvelle plaie qui frappait la vigne ? Voilà ce que l’on se demanda tout d’abord. Les paysans, qui voyaient dans leurs champs se former des lunes chaque jour grossissantes (ainsi désignaient-ils en leur pittoresque langage ces foyers d’infection), crurent à une recrudescence extraordinaire du pourridié ou blanquet. C’est une maladie connue depuis longtemps et commune surtout dans les vignes récemment plantées sur des défrichemens de bois ; un cryptogame à filamens blanchâtres, le mycélium, s’attache aux racines et les détruit. Or, il fallut bientôt le reconnaître, la pourriture des racines était le seul phénomène dans ce cas nouveau, qui pût rappeler le blanquet. Les autres caractères étaient très différens, et du reste l’on avait beau s’armer de verres grossissans et de loupes, on ne trouvait sur les racines en pourriture aucune trace du mycélium, ordinairement visible à l’œil nu. Ce fut tout autre chose que la loupe y fit voir ; c’est aux commissaires de l’Hérault, à M. Planchon particulièrement, que revient l’honneur de la découverte. Le