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LES MIGRATIONS VÉGÉTALES.

de la Laponie, il y en a 108 qui se trouvent aussi dans les Alpes. L’influence de l’époque glaciaire se fait sentir jusque dans les Pyrénées. Un autre botaniste suédois, M. Zetterstedt, qui les a explorées, compte 68 plantes communes aux Pyrénées et à la Scandinavie. L’une d’elles, le phyllodoce cœrulea, ne se trouve que dans le nord et dans cette chaîne de montagnes. Sur le pic du Midi de Bagnères, à 2,877 mètres au-dessus de la mer, si souvent exploré par Ptamond et visité depuis par tant de botanistes, il y a, sur un total de 72 plantes, 14 espèces lapones. Cette proportion, inférieure à celle des Alpes, prouve que la migration des plantes du nord n’a pas dépassé cette limite au midi.

Les montagnes de l’Écosse, quoique peu élevées, comptent aussi un certain nombre de plantes provenant des régions arctiques ; la migration remonte également à la période glaciaire. Lorsque les glaces flottantes détachées des glaciers de la Norvége venaient échouer sur les côtes orientales des îles britanniques, elles y apportaient, avec les blocs et les graviers erratiques dont elles étaient chargées, les plantes qui végétaient sur les moraines Scandinaves. Jusque dans les plaines du midi de la France, on reconnaît les traces de la grande migration végétale qui s’est opérée pendant l’époque glaciaire. De même que les Visigoths ont laissé des descendans au milieu des populations du Languedoc, de même aux environs de Montpellier 60 espèces environ semblent des étrangères au milieu de la flore méditerranéenne, car elles se retrouvent toutes dans le nord de l’Europe et remontent jusqu’en Laponie.

La grande invasion des plantes du nord trouvait le continent occupé par une végétation propre, et qu’on peut considérer comme formant la population autochthone du pays. Dans la France méditerranéenne, c’était cette végétation spéciale et uniforme qui entoure tout ce bassin, l’Egypte exceptée ; elle se compose d’arbrisseaux qui couvrent les lieux stériles, désignés dans le midi de la France sous le nom de garrigues. Le chêne vert et le chêne kermès, les pistachiers lentisque et térébinthe, les arbousiers, les phyllirea, les cistes, le thym, les lavandes, la sauge, le romarin, sont les arbres, arbustes et arbrisseaux caractéristiques de ces garrigues. Ils constituent, avec un nombreux cortége de plantes herbacées, un ensemble de végétaux propres au bassin méditerranéen et désigné sous le nom de flore méditerranéenne — ou royaume de Candolle, du nom de l’illustre botaniste qui l’a signalée le premier. Cette flore remonte à l’époque, géologiquement peu éloignée, où la Méditerranée n’existait pas. — L’Espagne, la France et l’Italie étaient alors réunies à l’Afrique ; la première directement par le détroit de Gibraltar, la France et l’Italie par l’intermédiaire de la Corse, de la