Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 87.djvu/373

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les tains extérieur et intérieur sont revêtus de troncs de cocotiers solidement fixés en terre. Ceux du talus extérieur sont presque verticaux et dépassent le haut du terre-plein, de manière à fournir aux défenseurs un abri derrière lequel ils tirent par des ouvertures entre les troncs comme par des meurtrières. Les Mores se défendent derrière ce rempart avec des armes à feu, des flèches et des bambous aiguisés qu’ils lancent avec la main. Le capitaine de la compagnie d’avant-garde, don Francisco Sanchez, tombe frappé à mort en essayant de gravir le rempart. Les soldats indiens ont jeté loin d’eux leurs chaussures dès le commencement de la marche; ceux-ci se cramponnent des pieds et des mains aux troncs des cocotiers de la palissade avec cette agilité exceptionnelle qui n’appartient qu’à eux, et dont l’Européen n’est pas capable; ceux-là travaillent à élargir une embrasure basse pour pénétrer par là dans le fort. Les uns et les autres finissent par réussir: le rempart est escaladé, on se glisse par l’embrasure. C’est par là que j’entre moi-même dans la cota avec mon ami, M. B., qui ne m’avait pas quitté un instant. Un de nos porteurs grimpe à l’un des mâts, en arrache le drapeau et l’agite avec des cris frénétiques de viva la reina! Le fort est à nous. Quelques ennemis, et parmi eux une femme, ont combattu jusqu’au dernier moment et se sont fait tuer sur le rempart pendant que les autres prenaient la fuite. Sur la face opposée à celle que nous attaquions, une porte menait à un petit pont jeté sur le ruisseau qui coule derrière la redoute et en alimente le fossé bourbeux. C’est par là que la plupart se sont échappés; ils ont disparu dans le bois, dont l’épaisseur défie toute poursuite. Pas un ennemi n’a été pris vivant.

Nous trouvons dans la cota un gros canon de fonte de 16, deux canons de bronze de petit calibre qu’on nomme ici lantacas, et une petite pièce portative également en bronze, toute sorte d’armes, des munitions, des livres en arabe, une grande quantité de riz, des effets d’usage domestique, enfin un buffle, qui est immédiatement abattu à coups de fusil et dépecé pour fournir à notre repas. La poudre des Mores, qu’ils fabriquent eux-mêmes, est de mauvaise qualité; leurs boîtes à balles sont des paniers en jonc remplis de balles en plomb et en étain, et de morceaux irréguliers d’une pierre blanche très dure, sorte de madrépore, qu’ils nomment tarloba. Ils ont des fusils à pierre de la Tour de Londres, dont la platine est marquée G. R. Tower. Leurs armes blanches, kris, campilans et lances, ont de bonnes lames bien aiguisées, fabriquées par eux-mêmes, à ce qu’on croit. Ils les manœuvrent avec une grande adresse en se couvrant de boucliers en bois. Pendant tout le combat, nos auxiliaires n’ont prêté aucun secours; ils ont cru avoir