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élevés entre la Scarpe et l’Escaut, c’est-à-dire -les lignes de Marchiennes à Denain ; mais il jugea que, les ennemis étant à portée de soutenir ces retranchemens avec toutes leurs forces, on s’exposait à les avoir toutes aussi sur les bras. Les sièges de Bouchain et de Douai ne lui parurent pas plus praticables ; il ne vit donc d’autre parti à prendre que celui de risquer une affaire générale. La cour décida qu’il ne fallait pas y penser en l’état des négociations avec l’Angleterre, et tant que le duc d’Ormond n’aurait point séparé du prince Eugène le corps anglais qu’il commandait. Les ennemis purent donc continuer le siège du Quesnoy, et l’on se contenta de donner l’ordre de se défendre jusqu’à l’extrémité au commandant de cette place, qui, quoique en bon état de défense, fut le 4 juillet livrée après une trop courte résistance, et à la grande surprise de Villars et du roi. Les conférences ouvertes avec le cabinet anglais paralysèrent à cet instant, par ordre de la cour, toute résolution vigoureuse de Villars.

Toutefois dans les premiers jours de juillet la cour avait mandé au maréchal de Villars que, pour prendre un milieu entre l’inaction et une bataille dans laquelle on risquerait tout, il pourrait faire attaquer les lignes que les ennemis occupaient depuis l’Escaut jusqu’à la Scarpe. Le maréchal vit encore du péril à cette attaque, et, ne croyant pas devoir s’en tenir à ses propres idées, il prit l’avis du maréchal de Montesquiou et des officiers-généraux les plus expérimentés. Tous convinrent que le projet de la cour était impraticable, en ce que les lignes étaient protégées par toute la droite de l’armée ennemie, ce qui exposait à une perte certaine les troupes qu’on emploierait à l’attaque. Il est donc bien constant, d’après la correspondance militaire de Villars, que, bien avant le 24 juillet, les lignes de Marchiennes à Denain étaient le secret point de mire des manœuvres françaises. La difficulté était de trouver le joint pour les entamer avec certitude de succès, car la monarchie n’était plus en état de supporter un revers.

La considération des Anglais avait empêché de livrer une bataille pour débloquer Le Quesnoy. Après la prise de cette place et en présence de la situation nouvelle qui exposait la vallée de l’Oise à une brusque invasion, le roi ne voulut pas courir le risque de voir le sort du Quesnoy subi par Landrecies, dont l’investissement était déjà prévu. En conséquence, Louis XIV écrivit, le 10 juillet, une lettre fort résolue au maréchal. Le péril de la position y est dévoilé complètement. La suspension d’armes avec les Anglais n’était point encore publiée, mais elle était considérée comme réglée. Cependant le roi mandait à Villars : « S’il arrivait que les ennemis voulussent faire le siège de Landrecies, vous savez quelles sont mes intentions, et je ne puis que vous les répéter… Le retardement de