Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/107

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est heureusement moins discret. Au siècle suivant, la déclamation oratoire s’était rapprochée de la déclamation tragique ; par l’élévation et les inflexions variées de la voix, par la vivacité de ses gestes et le mouvement qu’il se donnait sur l’estrade, ou bêma, l’orateur faisait songer à l’acteur, dont il avait souvent pris les leçons, comme on le rapporte d’Eschine et de Démosthène. Alors les détracteurs du présent, ceux qui affectaient de regretter et de louer le bon vieux temps, opposaient à tout ce bruit et à toute cette agitation la tenue plus modeste des orateurs d’autrefois, des Solon et des Périclès. Sévère et recueillie, l’expression de la physionomie ne changeait guère, et le timbre de la voix, d’un bout à l’autre du discours, restait presque à la même hauteur ; tout au plus, vers la péroraison, le débit se précipitait-il un peu, et l’accent de la voix devenait-il plus ému et plus pénétrant. Le vêtement, soigneusement arrangé, serré autour des épaules et de la ceinture, tombait à grands plis ; seul, le bras droit, à demi dégagé du manteau, accompagnait la parole par un geste sobre et plein de dignité. Pour aider notre imagination, nous n’avons qu’à jeter les yeux sur les deux statues célèbres connues sous le nom du Sophocle et de l’Aristide ; quelque titre qu’elles doivent porter, elles représentent certainement deux personnages grecs dans la pose et le costume des anciens orateurs. Autant que la majesté de cette âme, qui jamais ne descendit à la flatterie, la dignité de cette attitude avait imposé le respect aux contemporains ; en présence de cet orateur qui dominait de si haut les attaques de ses adversaires et les tumultes de la foule, ils avaient involontairement songé à ce maître des dieux et des hommes dont Phidias venait d’offrir l’image à l’admiration de la Grèce. C’était de part et d’autre le même caractère, la force au repos, la puissance qui se contient et se modère. Les comiques avaient surnommé Périclès l’Olympien, et ce qui voulait être une plaisanterie tournait en éloge, Périclès étant de ces hommes qu’il est impossible de ne pas prendre au sérieux.

On peut donc, grâce à tous ces témoignages, déterminer le caractère général de cette éloquence, et se représenter à l’aide de la statuaire Périclès à la tribune. On est plus embarrassé quand il s’agit de caractériser le style même de l’orateur. Pour ne pas se tromper, il faut se servir plus encore de ce que l’on sait sur l’homme et sur son rôle que des quelques mots de lui conservés par la tradition. Ses discours, avons-nous dit, formaient une sorte d’enseignement dogmatique destiné à instruire les Athéniens, à éclaircir dans leur esprit certaines idées confuses qu’ils y sentaient bien naître, provoquées par l’éducation et les circonstances, mais qu’ils n’auraient pu d’eux-mêmes arriver à distinguer et à définir. Il ne faut donc rien chercher ici de ce pathétique dont l’éloquence attique