Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/130

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c’est-à-dire en espère une revanche de Waterloo et de Sadowa. Vous du moins vous comprendrez que l’honneur vous défend d’entrer dans une guerre tramée avec de fausses protestations d’amitié pendant une suite d’années et mise aujourd’hui à exécution avec une légèreté et une impudence qui ont choqué toute l’Europe.

« Est-ce la nation allemande qui pesé sur l’Italie ? Croyez-vous que nous verrons avec une médiocre joie le prétendu infaillible chassé du Capitole ? Rappelez-vous notre cri d’admiration pour les combattans de Novare, notre enthousiasme quand la Lombardie secoua ses fers, et cette fraternité d’armes qui a conduit en même temps la Prusse jusqu’au Mein et l’Italie jusqu’à Venise. Ce n’est pas nous qui avons introduit chez un peuple d’une ancienne et charmante culture cette littérature, aussi sale que les eaux de la Seine à Paris, qui gâte les cœurs de la jeunesse et corrompt les classes aisées de la nation. Ce ne sont pas les Allemands qui pourront jamais ni ne voudront s’emparer de ce qui vous appartient justement, tandis que le berceau de vos rois est devenu un département français, et que votre héros populaire est maintenant Français de naissance par effet rétroactif. Si l’antique territoire italien, respecté du moins dans sa nationalité au temps de sa servitude, s’est amoindri quand renaissait votre nation, si, comme le malheureux délivré des mains d’un voleur par un chevalier d’industrie, vous avez dû payer votre rançon à ceux-là mêmes qui s’introduisaient chez vous en se disant vos libérateurs, si votre liberté est incomplète et précaire, n’est-ce pas la main de la France que vous sentez sur vous ? Une seconde journée de Sadowa sur les bords du Rhin vous donnera la liberté complète et durable. N’oubliez pas notre alliance à Custozza. »


Il a fallu citer cette page tout entière non pas seulement parce qu’elle nous montre l’occasion et le premier motif du manifeste, mais parce qu’elle nous en donne d’abord l’esprit. Avec quelle hardiesse on y passe sous silence tout ce que la France a rendu de services à l’Italie, et tout ce que l’Allemagne lui a infligé d’humiliations et de tortures ! Ne récriminons pas, si vous le voulez, sur un lointain passé, ne réveillons pas les souvenirs du saint-empire romain germanique ; mais à qui donc enfin est due la récente délivrance de la péninsule ? Les plaines de la Lombardie sont tièdes encore de sang français et de sang allemand ; les Allemands qui sont tombés là étaient-ils donc les libérateurs ? Vaine serait la distinction qui chercherait dans les motifs personnels dont aurait pu s’inspirer le souverain de la France l’unique sens de cette guerre d’Italie. Elle était acceptée par notre armée et par tout le peuple français comme généreuse, sinon comme politique. Il plaisait à la France de faire un grand effort en faveur d’une nation qui avait tant fait elle-même