Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/232

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Au début, ignorant les intentions de l’armée prussienne, nous avions voulu garder tous nos malades sous la protection directe de notre brassard, dans les deux ambulances officielles du Chesne ; mais bientôt il nous parut facile de céder aux demandées des habitans : c’était pour les blessés une chance de guérison de plus et un bien-être au moins relatif assuré. Dès le troisième jour, cinquante soldats français et plus de vingt soldats prussiens étaient logés chez des particuliers qui leur donnaient le peu qu’ils avaient. L’article 5 de la convention de Genève dit que la présence d’un blessé dans une maison la dispense du logement des troupes. Cet article n’a pas été observé au Chesne ; je ne crois pas qu’il l’ait été davantage ailleurs ni par les Français ni par les Prussiens, et il était difficile qu’il le fût : le plus souvent les blessés et les soldats de passage étaient trop nombreux. Du reste l’autorité prussienne s’en remettait au maire, qui donnait les billets de logement ; celui-ci prit le seul parti possible, qui était de tenir compte dans une certaine mesure des lits occupés par des malades chez ses administrés. La convention de Genève, à la prendre à la lettre, ne peut pas être toujours respectée ; le caractère international des ambulances ne saurait faire oublier les intérêts des belligérans. Ainsi, tout neutre que soit celui qui porte un brassard, il ne saurait passer tour à tour d’une armée dans l’autre. L’article 3 contient les dispositions suivantes : « les personnes désignées dans l’article précédent (le personnel des hôpitaux et des ambulances), lorsqu’elles cesseront leurs fonctions, seront remises aux avant-postes ennemis par les soins de l’armée occupante. » Il y a quelques semaines, le prince royal ne s’est pas conformé à cet article. Une ambulance prise à Pont-à-Mousson, au lieu d’être reconduite jusqu’aux lignes françaises sous escorte, a dû passer à travers toute l’armée prussienne et revenir par la Belgique. Je ne pense pas qu’elle ait été ni maltraitée ni injuriée, du moins plusieurs membres de cette ambulance nous ont rassuré sur ce point. Le seul fait de se trouver au milieu des vainqueurs était déjà assez pénible pour elle. Renvoyée, immédiatement au corps français quelle devait accompagner, elle pouvait, par les renseignemens qu’elle donnerait, être un danger pour l’armée allemande. La huitième ambulance, forcée de revenir sur Rethel, a reçu avant son départ d’un corps bavarois les vivres qui lui manquaient. Dans l’ambulance de la presse, les médecins ont été traités sur le pied des médecins allemands, les infirmiers comme les soldats.

Je sais que quelques membres de la société internationale française se sont plaints très vivement des procédés de l’intendance prussienne ; on m’a parlé ici de tentes prises, de linge enlevé, de chef dépouillé de ses meilleurs vêtemens, de sœurs et de médecins français retenus de force pour soigner des malades allemands.