Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/272

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Une première et singulière difficulté se présenta, et il fallut y pourvoir. C’était Albert de Brandebourg, que nous avons laissé désolant l’Allemagne, et qui, ne sachant plus comment y subsister, se rapprochait de la Lorraine sous le prétexte de venir au secours de son allié le roi de France, en réalité pour demander de l’argent et des vivres, dont il avait besoin. Le duc de Guise se défiait de lui, et se trouva sur ce point d’accord avec le roi. Arrivé près de Thionville, Albert envoya demander deux fois des vivres au duc de Guise, qui lui en fit passer ; mais sur une troisième demande le duc envoya Strozzi pour remontrer au margrave qu’aux approches du siège il ne lui était pas permis de se dégarnir de vivres, et qu’il serait de l’intérêt commun que le margrave passât en Franche-Comté, pays fertile, du domaine de l’empereur, par où il inquiéterait sa marche sur la Lorraine. Albert feignit de se rendre à ces raisons, demanda des guides pour sa route, et pria le duc de lui faire l’honneur d’une visite. François de Guise s’en excusa sur ses devoirs, qui ne lui permettaient pas de sortir d’une ville confiée à sa défense. Albert, se croyant deviné, demanda la permission de mettre dans la ville ses canons et ses bagages, qui le gêneraient dans sa marche sur la Franche-Comté. Le duc de Guise satisfit poliment à sa demande, puis, les canons et les bagages entrés, il renvoya au margrave la troupe et les gens qui conduisaient ce train. Ils étaient au nombre de quatre cents. Albert, voyant toutes ses ruses sans succès, prit de nouveaux prétextes pour rester vers Thionville, et fit redemander son artillerie ainsi que ses bagages, qu’on lui rendit. Peu de jours après, il avait fait son accommodement avec l’empereur.

On était cependant au commencement d’octobre, et l’empereur, empêché dans sa marche à travers l’Allemagne, arrivait à peine sur le Rhin. A ce moment, le duc de Guise fit sortir de la place tous ceux que l’âge ou la santé rendait incapables de porter les armes, avec permission d’enlever leurs meubles et ce qu’ils pourraient de leurs biens. La ville fut exactement nettoyée ; il fut défendu de sonner les cloches sans permission, et l’on fit provision de gabions, de barils, de planches ferrées, de balles de laine, de sacs à terre, de claies, de herses, de mantelets, de chevaux de frise et autres engins ou matériaux de défense. On rasa tous les faubourgs sans aucun ménagement. Les églises extérieures furent minées, attendant le jour de l’arrivée des ennemis pour les détruire. Quant à la vieille église de Saint-Arnoul, qui était une sorte de citadelle, et dont les voûtes, fort hautes, auraient pu servir de plate-forme pour du canon, on résolut de l’abattre immédiatement, avant l’approche de l’ennemi. La nécessité présente l’emporta sur le respect ; mais, comme il y avait dans cette basilique des tombes royales et de saints personnages, le duc de Guise, une torche à la main et