Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/336

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la chambre des lords, tous les deux organes du parti conservateur, rappelèrent que, « si en 1842 sir Robert Peel n’eût pas donné l’assurance que, la situation financière une fois rétablie, l’income-tax cesserait d’être perçu, jamais le parlement ne se fût décidé à voter, même pour une heure, dit lord Derby, un impôt jusque-là toujours tenu en réserve pour les temps de guerre, toujours mis à l’écart en temps de paix, et qui pesait sur les diverses classes de la société avec une complication d’injustice impossible à faire disparaître. A la vérité, en 1845, l’income-tax avait été renouvelé pour trois années, mais seulement en vue de fournir des ressources pour mener à bonne fin la réforme commerciale. Si en 1848 la gravité des circonstances avait pu encore en justifier le maintien, aujourd’hui aucune considération analogue ne pouvait être invoquée. Les budgets se soldaient avec des excédans de recettes de plus de 2 millions de livres sterling, la réforme commerciale entreprise en 1845 avait produit tout son effet, le pays était en pleine prospérité, et dès lors, ajoutait-il, adopter en entier le projet du cabinet, c’était déclarer virtuellement que le pays était à tout jamais condamné à l’income-tax. Le parlement devait par conséquent témoigner sa volonté contraire en réduisant le nombre des deniers au chiffre nécessaire pour assurer l’équilibre du budget, et en décidant qu’à l’avenir tous les excédans de recettes, au lieu d’être gaspillés en réductions d’autres taxes, seraient affectés à la diminution progressive de l’impôt sur le revenu jusqu’à complète extinction. » Un amendement fut formulé dans ce sens à la chambre des communes par M. Herries ; il échoua devant l’opposition du parti ministériel, réuni dans cette occasion aux radicaux, dont le système fiscal était de substituer successivement l’impôt direct aux taxes indirectes, et aux peelites, qui ne voulaient pas donner un succès au parti conservateur.

Ce rejet assurait le vote des 7 deniers ; mais, sur la question de la durée, le cabinet, qui n’avait voulu en déterminer aucune, fut battu par une nouvelle coalition composée d’autres élémens. Cette fois ce fut le chef des radicaux, M. Hume, qui, afin de rendre l’income-tax définitif pour le substituer à quelques-uns des impôts indirects existans, vint proposer de nommer un comité pour examiner les moyens d’en corriger les inégalités et autres défauts, et de ne le voter que pour un an, de façon à pouvoir le renouveler l’année suivante sur des bases meilleures. Le parti conservateur, espérant au contraire que l’enquête n’aurait aucun résultat, et que, l’impossibilité d’améliorer cet impôt étant bien reconnue, le parlement se résoudrait à l’abandonner aussitôt que possible, se rallia à la proposition de M. Hume, qui fut adoptée. Toutefois ce vote ne modifiait en rien le plan du budget de 1852, et n’était point assez