Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/337

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


grave pour entraîner la chute du cabinet, dont toutes les autres de mandes, bien que vivement combattues, furent d’ailleurs agréées. La session s’acheva sans autre incident.

Lorsque les chambres se réunirent au commencement de 1852, un ministère conservateur ayant à sa tête lord Derby venait d’être constitué. Ce ministère n’avait pas non plus de majorité propre dans le parlement, et, comme le gouvernement ne pouvait rester plus longtemps à la merci des coalitions, le nouveau chancelier de l’échiquier, M. Disraeli, en proposant aux communes le budget de 1852, leur annonça que l’intention de la reine était de dissoudre la chambre aussitôt que les affaires les plus urgentes auraient été expédiées. Il leur fit connaître en même temps que les résultats de l’exercice 1851 seraient bien plus favorables que ne l’avait prévu sir Charles Wood, puisque l’excédant disponible des recettes serait de 2,200,000 liv. sterl. au lieu d’être de 680,000 liv. sterl. Seulement une charge extraordinaire de 1 million de liv. sterl., occasionnée par la guerre de Cafrerie, devait porter les dépenses de 1852 à 51,200,000 liv. sterl. au lieu de 50,300,000 liv. sterl., chiffre de 1851. Il y avait dès lors impossibilité absolue de se priver du revenu de 6 millions de livres sterl. produit par l’income-tax, et, comme la commission chargée de faire une enquête sur cet impôt n’était arrivée à aucune solution, comme le temps avait manqué au cabinet et manquait à la chambre pour rechercher dans une nouvelle combinaison de taxes des ressources nouvelles, M. Disraeli proposa de maintenir les 7 deniers pour un an à titre provisoire, et le budget fut adopté tel qu’il l’avait présenté. Cependant ce ministre crut devoir profiter de la circonstance pour faire une déclaration propre à dissiper toutes les incertitudes sur les intentions financières et économiques qu’on pouvait lui prêter, ainsi qu’à ses collègues. Il reconnut avec une entière franchise le grand bénéfice que le pays avait retiré de la réforme commerciale, et l’impossibilité de revenir sur les réductions ou suppressions de tarifs consenties dans les douanes ou l’excise ; mais il contesta que l’impôt direct fût préférable à l’impôt indirect. Une taxe directe surtout, comme l’income-tax, dont était exempte une partie de la communauté, n’était à son avis qu’une contribution forcée mise sur ceux qu’elle frappait, contribution que pouvait seule justifier la nécessité de pourvoir à des besoins urgens et temporaires. Il croyait, quant à lui, qu’il fallait se servir des taxes directes aussi bien que des taxes indirectes, que plus étaient nombreuses et variées les sources de revenus, plus était abondant et facile à percevoir le produit que l’état en retirait, et que la règle d’or d’un chancelier de l’échiquier soucieux du bien public et des intérêts du trésor devait être de veiller à ce qu’aucune contribution ne fût jamais excessive.