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communaux s’éleva rapidement à plus de six mille dans toute la république. D’un autre côté, chaque district fut invité à envoyer à Paris deux canonniers intelligens et adroits pour y recevoir des leçons sur l’art d’exploiter et de raffiner le salpêtre, ainsi que sur celui de fabriquer la poudre. La raffinerie de l’Unité, construite sur l’emplacement de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés et dirigée par Carny, reçut de toutes parts des matériaux salpêtres à profusion, au point que l’on en raffinait régulièrement jusqu’à 30,000 kilogrammes par jour dans cette seule manufacture. L’empressement lut aussi vif que général. Chaque particulier descendait dans sa cave ; on remuait en tout sens le terrain et les décombres pour en extraire les terres et les plâtras salpêtres. « On lèche chaque mur, dit un auteur du temps, et des milliers de pelles amènent le sol humide aux rayons du soleil. » Avant la révolution de 89, à peine réussissait-on à extraire annuellement du sol de la France un million de livres de salpêtre. Grâce à l’activité de la Commission que Monge enflammait de son ardeur, on en tira 12 millions en neuf mois. Il n’existait qu’un nombre très borné de moulins à poudre ; de simples tonneaux que des hommes faisaient tourner et dans lesquels le soufre, le charbon et le salpêtre pulvérisés étaient mêlés avec des boules de cuivre, remplirent l’office des anciennes manufactures. Duc immense poudrerie construite à Grenelle put livrer aux armées plus de 4,500,000 kilogrammes de poudre en cinq mois.

Pour fabriquer des armes, il fallait du cuivre, de l’étain, de l’acier. Les mines de France ne fournissaient du cuivre et de l’étain que dans des proportions insignifiantes ; les pays d’où nous tirions ces métaux nous étaient alors fermés. Quant à l’acier, nous ignorions l’art de le fabriquer. Le métal des cloches est un alliage de cuivre et d’étain, mais dans des proportions qui ne satisfont point aux besoins des armes de guerre. Pelletier et Darcet, a la suite de nombreuses expériences faites à Romilly, découvrirent le moyen expéditif de séparer ces deux métaux. Les cloches des églises, des couvens, des horloges publiques, furent mises en réquisition, et on eut là une inépuisable mine de métal. Chaque cité fournit ainsi son lingot pour la défense de la république. Le moulage en terre, usité dans toutes les anciennes fonderies de canons, n’étant pas assez rapide, on y substitua le moulage en sable. Les moyens de forer et d’aléser les pièces reçurent en même temps d’utiles perfectionnemens. Le jour où le premier canon put être essayé au Champ de Mars, tout Paris se porta sur les talus. Le succès fut complet, et l’espérance du triomphe prochain se joignit aux immenses acclamations de la foule.

La fabrication de l’acier, grâce aux recherches de nos chimistes, fut inventée comme par intuition et immédiatement organisée par