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équipages de l’armée, sans être aperçu par les vedettes ennemies. On atteignit Charleroi avant la nuit, à temps pour faire une première reconnaissance. Une seconde fut faite le lendemain, et le jour suivant Coutelle resta pendant plusieurs heures en observation avec le général Morelot. Les Autrichiens ayant marché sur Charleroi pour délivrer la place, Jourdan les battit à Fleurus, et dut en partie le succès aux renseignemens que le ballon lui avait transmis. Après cette victoire décisive, l’aérostat suivit les mouvemens de l’armée, à laquelle il rendit encore quelques services, et fut ramené à Paris après la prise de Bruxelles.

Coutelle y revint en même temps et fut chargé d’organiser une nouvelle compagnie d’aérostiers pour l’armée du Rhin, où elle se rendit bientôt. Un jour qu’il faisait une reconnaissance sur les bords du Rhin, Coutelle fut pris d’un frisson violent suivi d’une fièvre intense. Alors il donna le commandement de la compagnie à son lieutenant, et on passa le Rhin ; seulement le ballon était trop bas, des Autrichiens embusqués tirèrent dessus et le criblèrent de balles. Cette mésaventure fit délaisser les ballons pendant un certain temps. Néanmoins Coutelle, de retour à Paris, avait obtenu du gouvernement l’autorisation de fonder à Meudon, de concert avec Conté, une école aérostatique où des élèves furent exercés aux manœuvres. Dans la suite, les aérostats furent encore utilisés, notamment à Bonn, à la Chartreuse de Liège, au siège de Coblentz, à Kehl et à Strasbourg, sous le commandement de Jourdan, Lefebvre, Pichegru et Moreau.

Au milieu du XVIIIe siècle, plusieurs savans, parmi lesquels Amontons, imaginèrent des systèmes de signaux pouvant servir à la transmission rapide des dépêches ; mais ils ne réussirent point à en faire essayer l’application. L’abbé Chappe devait être plus heureux. Le 22 mars 1792, il présentait à l’assemblée législative un projet de télégraphe aérien qui, après avoir séjourné pendant quelque temps dans les cartons du comité d’instruction publique, frappa plusieurs représentans, et devint enfin un an plus tard l’objet d’un rapport favorable. La convention vota une somme de 6,000 francs pour les premières expériences. Le 12 juillet suivant, Daunou, Lakanal et Arbogast étant présens à titre de commissaires de la république, on établit trois postes télégraphiques : le premier à Ménilmontant, le second à Ecouen et le troisième à Saint-Martin-du-Tertre, à 35 kilomètres de Paris. Les expériences durèrent trois jours et furent couronnées de succès. Sur le rapport des commissaires, la convention prescrivit l’établissement d’une série de postes entre la capitale et les frontières du nord, sous la direction de l’abbé Chappe et de ses deux frères. Il paraît que des difficultés inattendues s’élevèrent, car le télégraphe ne fut livré au service que