Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/361

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résultats satisfaisans, et demanda que l’on nommât de nouveaux commissaires. Pendant ce temps, il est vrai, Fourcroy et Baume étudiaient avec soin la composition du métal des cloches, et cherchaient sans la moindre timidité le moyen d’en séparer les métaux intégrans, afin d’avoir le cuivre qui devait être converti en bouches à feu et en pièces de 2 sous. Lagrange et Borda acceptaient l’examen d’un mémoire de l’abbé Mongès sur les moyens d’utiliser pour la science la prochaine destruction des clochers. Enfin l’Académie travaillait avec ardeur, régularité et un très noble sentiment des besoins de la situation. Le 11 août 1792, le lendemain de l’invasion des Tuileries, était un jour de séance, vingt-deux académiciens étaient présens ; mais, pour la première fois depuis le commencement de la révolution, aucune communication n’était à l’ordre du jour.

Les séances continuèrent cependant ; on s’assemblait une fois par décade, et on discutait toujours autant que possible des questions d’un intérêt pratique. Le 4 novembre, Borda rendait compte des travaux relatifs aux poids et mesures ; Lavoisier lisait un mémoire sur la hauteur des montagnes qui entourent Paris. Le gouvernement cependant n’oubliait pas d’avoir recours aux lumières des académiciens ; on leur demandait leur avis sur des voitures couvertes destinées aux transports des malades, sur les perfectionnemens à introduire dans le régime des hôpitaux, etc. Alors que la crise de 93 était imminente, l’Académie fut consultée sur la manière d’accorder l’ère de la république avec l’ère grégorienne, sur une machine de guerre, sur une nouvelle invention de boulets, sur un taffetas huilé propre à faire des manteaux pour les troupes, sur l’idée d’établir plusieurs canons sur un même affût (n’est-ce pas le germe de nos mitrailleuses ?), sur la conservation des eaux à bord des navires, sur la conservation des biscuits et des légumes à la mer. L’Académie répondit toujours de son mieux et de façon à satisfaire soit la convention, soit le comité de salut public.

Malgré ces services nombreux rendus à la science et au pays, malgré les efforts de Lakanal, qui s’était constitué en ces temps difficiles le protecteur dévoué de la science et des arts, la compagnie dut se dissoudre dès la fin de mai 1793. Un instant on lui restitua par décret le droit de s’assembler pour s’occuper seulement des questions qui pourraient lui être soumises par la convention ; mais, sentant qu’elle ne devait guère en profiter, elle n’accueillit cette permission qu’avec une extrême défiance. Peu de temps après, l’Académie n’existait plus ; beaucoup de ses membres furent écartés des diverses commissions scientifiques et économiques dont ils faisaient partie. Berthollet cependant conserva la confiance du comité de salut public sans cesser de rester indépendant. Quelques jours avant le 9 thermidor, un dépôt sableux est trouvé dans une barrique