Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/379

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sive ? — Le pouvoir nouveau aurait suffi à tout, déjà il se croyait en mesure d’envoyer à nos forts l’ordre de repousser énergiquement les attaques prussiennes. C’est très bien, il est assez facile d’envoyer des ordres. Qui a dit cependant à M. Blanqui et à M. Flourens que leurs ordres auraient été obéis, que l’armée était prête à reconnaître dans leur usurpation la volonté libre de Paris et de la France ? C’était donc la guerre civile, et la guerre civile, c’était Paris désarmé, ne fût-ce qu’un jour : c’était l’ennemi arrivant sur nous, triomphant de nos misérables discordes. Voilà où l’on en vient : c’est la moralité de ces violences et de ces coups de main. Quant à la prétention de faire une révolution de patriotisme et de ne supplanter le gouvernement actuel que pour imprimer plus d’autorité et de force à la défense nationale, pour ramener enfin tambour battant les Prussiens vers la frontière, ce n’est plus le moment de rire… Essayez donc de persuader à la population parisienne que M. le général en chef Gustave Flourens ferait plus que le général Trochu, et que M. Blanqui s’entendrait mieux que M. Jules Favre à diriger nos affaires diplomatiques ! M. de Bismarck n’aurait pas demandé mieux certainement que d’avoir affaire à des adversaires qui l’auraient mis fort à l’aise. La vérité est que le succès même momentané d’une telle entreprise eût été de toute façon le commencement de la fin, et que, selon toute apparence, la fin n’eût pas tardé beaucoup.

Ce n’est pas seulement d’ailleurs pour la défense nationale que des journées comme celle du 31 octobre sont meurtrières, c’est la république elle-même qu’elles compromettent de la manière la plus étrange : elles lui enlèvent sa popularité, son crédit, son prestige ; elles l’ébranlent avant même qu’elle ne soit fondée. Quelle est la dernière victoire qui reste à gagner pour la république en France ? C’est de montrer qu’elle est compatible avec la liberté de tous comme avec l’ordre, qu’elle est la réalisation sincère, équitable, pratique, de la souveraineté nationale. Si elle n’est qu’un autre genre de dictature, si elle n’est que l’usurpation en permanence de tous les partis et de toutes les factions, elle n’est plus rien de sérieux, elle n’est qu’un mauvais rêve qui reparaît de temps à autre dans notre vie pour s’évanouir presque aussitôt. C’est à en dégoûter tous ceux qui ne vivent pas murés dans l’exaltation solitaire de leur fanatisme, et voilà pourquoi ces singuliers républicains sont toujours les plus grands ennemis de la république, qu’ils s’efforcent de perdre au moment où tout le monde ne demande pas mieux que de la sauver et de s’y attacher. Toutes ces journées qu’on se croit le droit de tenter au nom de la république, que sont-elles en réalité ? L’étiquette n’y fait rien, ce sont des 18 brumaire et des 2 décembre en permanence. Si le dénoûment n’est pas le même, ce n’est pas faute de bonne volonté de la part de ceux qui se mettent à l’œuvre. Au fond, quelle différence y a-t-il donc entre celui qui nuitamment enlève des députés, brise une constitution, met la main sur tous les droits d’un