Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/404

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Ce sont eux qui, en toute occasion, nous gagnent de vitesse. Il semble que leurs armées soient plus libres et plus dégagées que les nôtres. Notre soldat est trop chargé, nous traînons trop de bagages. Déjà sur la route de Verdun, comme plus tard sur celle de Sedan, se produisaient des encombremens de voitures et de convois qui retardaient malheureusement la marche de notre armée.

Le 16 août, le maréchal Bazaine marchait dans la direction de Verdun ; ses têtes de colonnes avaient déjà fait le tiers de la route, lorsqu’à Vionville, entre Gravelotte et Mars-la-Tour, l’ennemi les attaqua vigoureusement et les arrêta. A la fin de la journée, après un combat très meurtrier, nous n’avions peut-être pas perdu de terrain, le maréchal écrivait même qu’il avait campé sur les positions occupées le matin par les Prussiens ; mais nous rencontrions une résistance qui nous empêchait de pousser plus avant. Il est probable cependant que, si les Français avaient prévu ce qui allait se passer les deux jours suivans, ils auraient poursuivi leur route à n’importe quel prix. Le temps ne nous amenait en effet aucun renfort, n’ajoutait aucune force à celles que nous avions, tandis que chaque heure augmentait le nombre de nos ennemis. Le 16 août, les 150,000 hommes qui composaient les cinq corps d’armée du maréchal Bazaine, non compris les troupes de la garnison, les gardes mobiles et les gardes nationaux restés dans Metz, et dont il n’était plus possible de distraire un seul soldat, n’avaient en face d’eux qu’une partie, que la moitié peut-être des troupes ennemies qui devaient entrer en ligne au combat du 18. Avec quelques heures d’avance sur le reste des armées prussiennes, qui traversaient la Moselle à marches forcées, il eût été possible peut-être d’opérer vers l’Argonne, en se ravitaillant à Verdun, une de ces belles retraites qui ont honoré les noms de Moreau et de Soult. Pour cela sans doute il eût fallu marcher toute la nuit, alléger les hommes, abandonner une partie des bagages, demander à tout le monde un effort extraordinaire, et à l’arrière-garde en particulier les derniers sacrifices. Était-il temps encore le 17 ? Il semble que le maréchal Bazaine ait essayé ce jour-là de se dérober à l’ennemi en reportant son armée sur la route de Briey, qui s’ouvrait encore à lui, et qui par un détour lui permettait d’atteindre Verdun ; mais là encore la célérité des mouvemens et les marches de nuit étaient indispensables. Dans la matinée du 17, le chemin était libre, la voiture publique qui fait le service entre Metz et Briey, beaucoup de voitures particulières, passaient sans obstacle. Le soir déjà la cavalerie prussienne occupait la route. Le 18 au matin, les troupes qui avaient attaqué Metz le 14 au combat de Borny, ayant eu le temps d’opérer leur jonction avec celles qui nous avaient arrêtés le 16 à Vionville,