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où l’on compte 600 âmes, est le centre et vraiment la capitale de la Haute-Engadine. Des habitations, les unes très modestes, pauvres même, les autres assez somptueuses, avertissent le voyageur que la population est composée d’élémens fort divers.

De tous les points qui viennent d’être cités, les explorations sont faciles ; mais, pour être à portée des pics et des glaciers les plus remarquables, pour observer la nature spéciale de la contrée, il est plus avantageux de séjourner à Pontresina. En quittant Samaden, on se dirige vers le sud, et, après avoir traversé l’Inn, la route passant dans une vallée latérale auprès du ruisseau de Bernina conduit sur une pente assez douce au village le plus curieux de la Haute-Engadine.

Pontresina est situé à 1,807 mètres au-dessus du niveau de la mer, juste 8 mètres plus haut que le sommet du Rigi-Kulm, le géant de la chaîne du Rigi. Le village compte à peine 300 âmes ; mais ce n’est pas un village ordinaire : presque toutes les maisons, fort élégantes, témoignent aussitôt que les habitans vivent dans une sorte d’opulence. On s’en étonnerait au premier abord, car le pays est dépourvu d’industrie, et le sol n’est pas productif ; il faut dire que la richesse a été acquise au dehors.

L’Engadinien émigré dès sa jeunesse ; il s’établit à l’étranger, souvent pour de longues années, et, quand sa fortune est faite, il revient dans la haute vallée. Il n’oublie jamais le pays natal, il aime cette âpre contrée où la nature paraît si grande ; il supporte un affreux climat avec une entière résignation, se plaignant à peine de l’intensité du froid.

Malgré l’étendue bien restreinte de la Haute-Engadine, la température en toute saison offre des différences notables d’un village à l’autre ; l’exposition, la hauteur, le voisinage d’un glacier, l’abri d’une montagne contre le vent, sont autant de causes dont l’effet est très sensible. Néanmoins l’extrême rigueur du climat est la condition générale, et à cet égard les habitans de la Haute-Engadine expriment toute la vérité d’une façon aussi simple que saisissante. « Chez nous, disent-ils, l’année se compose de neuf mois d’hiver et de trois mois de froid. » A Sils, à Pontresina, comme en Sibérie, le thermomètre tombe fréquemment au-dessous de 30 degrés centigrades. Dès la fin du mois d’août, il gèle pendant la nuit, et quelquefois il neige pendant le jour. Septembre venu, c’est l’hiver ; au mois d’octobre, lacs et rivières sont gelés, et bientôt les plus lourds chariots pourront passer sur la glace ; le 4 mai 1799, le général Lecourbe traversa de cette façon le lac de Sils avec toute son artillerie. La neige couvre la campagne, encombre les rues des villages et oblige les habitans à un travail perpétuel pour rendre les