Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/543

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a fini par se lasser de ces merveilles ; après s’être engoué des inventions et des tactiques nouvelles, il a pris les inventeurs en grippe, et c’est tout au plus s’ils réussissent à obtenir la parole. Les inventeurs méconnus ne sont pas seuls à souffrir de cette réaction : on commence aussi à douter qu’il suffise de n’être pas membre du comité de l’artillerie pour savoir fondre un canon se chargeant par la culasse, et de n’avoir point passé par Saint-Cyr ou La Flèche pour devenir un Hoche, un Marceau ou un Kléber. Certes la routine et l’infatuation des hommes du métier sont pour beaucoup dans les revers de la campagne de 1870, la France a été vaincue parce qu’elle est demeurée en arrière de la Prusse dans cette partie, hélas ! essentielle de l’industrie humaine qui a pour objet la destruction, tandis qu’elle demeurait au moins sur le pied de l’égalité avec elle en ce qui concerne la production. On ne peut pas plus suppléer aux connaissances spéciales et à l’expérience dans la guerre que dans l’industrie ; il faut du temps pour former des officiers sachant commander et même des soldats sachant obéir, comme il en faut pour créer ou refaire le personnel d’une manufacture, et dans les deux cas ce n’est pas en faisant table rase qu’on accroît ses chances de l’emporter sur un ennemi ou un concurrent exercé et habile. Il se peut que l’on improvise la victoire, mais c’est à la condition d’avoir préparé de longue main les matériaux de cette improvisation ; ni la bonne volonté ni même l’héroïsme ne suppléent à cette préparation indispensable, à une époque surtout où la science et l’outillage jouent le premier rôle dans la guerre comme dans l’industrie.


III

Après la nomination plus ou moins laborieuse des membres du bureau et les communications de toute sorte s’ouvrent les débats. Chaque club possède un certain nombre d’orateurs attitrés qui y prennent la parole tous les jours, c’est « la troupe, » ou, si l’on veut, la rédaction ordinaire de ce journal parlé ; mais il y a des orateurs de hasard, simples amateurs qui s’essaient à l’art difficile de la parole, ou qu’une exclamation imprudente oblige à monter à la tribune, car le public des clubs se montre volontiers sévère à l’égard des interrupteurs, et il ne leur laisse guère de choix qu’entre la tribune et la porte. Il y a aussi des orateurs ambulans qui vont colporter un discours ou une simple motion de club en club, en quête des applaudissemens du souverain du jour, comme ces habitués des salons officiels qui s’en allaient le même soir présenter leurs hommages aux puissances de la rive droite, sans oublier celles