Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/549

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Ceux qui ont observé l’état moral de Paris pendant le siège ont pu constater que les esprits y ont passé déjà par plusieurs phases. La république à peine proclamée, il y eut dans toute la ville un mouvement superbe, que ressentit d’ailleurs la France entière. Il nous souvient du spectacle que présentaient alors les mairies, ou les hommes de tout âge et de toute condition venaient à l’envi se faire inscrire. Les bataillons formés, le zèle ne se ralentit pas. Pendant plusieurs heures chaque jour, le matin et le soir, on se pressait aux exercices. Sur nos places, dans nos jardins, le long de nos quais et de nos avenues, dans nos rues, dans nos carrefours, partout en un mot où l’espace était suffisant pour réunir une compagnie, les gardes nationaux apprenaient le maniement des armes. On avait accepté résolument cette transformation militaire. Le plus grand nombre des citoyens ne voulaient plus quitter l’uniforme. Le roulement des tambours et les sonneries des clairons ne cessaient d’emplir les oreilles. C’était le temps où les bataillons présentaient les armes à la statue de Strasbourg, que l’on couvrait de drapeaux et de fleurs. Presque chaque jour, la place de l’Hôtel-de-Ville servait de théâtre aux manifestations patriotiques et guerrières, que la sédition ne s’était point encore appropriées. Allait-on aux remparts, il fallait voir la gravité des factionnaires, l’ardeur des patrouilles, l’activité des chefs de poste ; il fallait entendre les conversations des hommes, qui, dans leur animation, trouvaient qu’on tardait trop à les mener à l’ennemi. Ce que l’on pouvait reprocher à tous, c’était de prétendre enchérir à chaque instant sur la consigne. Ce spectacle était beau ; mais il est malheureusement avéré qu’on ne sut pas toujours répondre à la vivacité du mouvement. Peu à peu parurent dans la foule des symptômes de lassitude et d’ennui. Les yeux les moins prévenus étaient frappés de la médiocrité de la direction. La mairie de Paris et les municipalités provisoires secondaient peu d’ailleurs l’état-major de la place Vendôme. L’armement, l’équipement, se faisaient sans ordre et sans célérité. Beaucoup de mécontentemens furent excités par la répartition maladroite de l’indemnité de 1 fr. 50 allouée aux gardes nécessiteux. Les instructions militaires et les ordres du jour du général Tamisier ne purent lui conquérir une autorité nécessaire, et la confusion que l’on y vit régner engendra chez les officiers et dans tous les rangs peu de confiance et beaucoup d’ombrage. Lorsque, le 16 octobre, le gouvernement fit un appel aux volontaires pour son premier projet de bataillons mobilisés, il échoua pour n’avoir pas su parler nettement à l’opinion publique, surtout pour avoir laissé passer l’heure. Déjà plusieurs journaux attisaient les inquiétudes publiques. Au découragement qui naissait mille rumeurs servaient de pâture. Le 31 octobre, le gouvernement annonça coup sur coup la capitulation de Metz, l’échec du Bourget et les pourparlers engagés pour un armistice. C’était trop. Tandis que, frappée de stupeur, la majorité