Page:Revue des Deux Mondes - 1870 - tome 90.djvu/562

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




30 novembre 1870.

Cette guerre furieuse et cruelle où se jouent les destinées de la France, cette guerre aura été assurément pleine de surprises et de prodigieuses péripéties. Tout ce qu’on pouvait imaginer a été dépassé, toutes les prévisions ont été déconcertées d’une heure à l’autre, tout a marché ou plutôt tout s’est précipité d’une façon extraordinaire, et nous ne sommes pas au bout du sanglant et redoutable drame. Oui, en vérité, nous vivons depuis quatre mois dans un formidable imprévu. Qui aurait dit, le jour où commençait cette terrible lutte, que Paris, la ville brillante et somptueuse, gâtée par la fortune, était si près de voir se presser sous ses murs un implacable ennemi, et qui aurait cru que ce Paris assiégé, avec ses habitudes, avec ses deux millions d’âmes, avec sa population toujours impatiente et agitée, tiendrait autant que la place de guerre la plus éprouvée ? Qui aurait pensé d’un autre côté que cette ville immense, cette gigantesque citadelle étendant de toutes parts le rayonnement de ses feux pût même être sérieusement investie ? Non, on ne croyait ni à la possibilité d’un investissement suffisant pour rompre toutes les communications, ni à la possibilité d’une résistance prolongée, opiniâtre, si l’heure fatale d’un siège devait sonner, et les Prussiens eux-mêmes en tentant l’aventure n’y croyaient peut-être pas plus que nous. Qui aurait dit encore que moins de trois mois suffiraient pour qu’un pays comme la France fût la proie d’une effroyable invasion, inondant près d’une moitié de ses provinces, dévastant ses campagnes, rançonnant ses villes et semant les ruines sur son passage ? Et enfin qui ne s’est senti le cœur serré d’une inexprimable angoisse le jour où la dernière force régulière tombait avec un des boulevards de la nationalité française, avec l’armée de Metz, et ce jour-là qui n’a cru un moment que tout était perdu ? Qui osait entrevoir à travers le désastre de Metz le rayon des premiers succès de nos armées nouvelles à Orléans ?

Tout cela cependant s’est accompli point par point avec une sorte de rigueur méthodique, tout ce qui dépassait les calculs ordinaires s’est