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ses enfans périr sur ces terres inhabitables pour eux. Alors en peu de temps les races locales reprendront le dessus ; l’Amérique appartiendra de nouveau aux fils de Montézuma et aux Peaux-Rouges.

La plupart des coreligionnaires scientifiques du docteur Knox ont reculé devant de pareilles exagérations. Pendant la longue et grave discussion soulevée à ce sujet dans la Société d’anthropologie, l’opinion la plus extrême, ce me semble, a été formulée en ces termes : « une migration rapide ne peut constituer une colonie durable et prospère que si elle a lieu sur la même bande isotherme et un peu au nord de cette bande. » En s’exprimant ainsi, M. le docteur Bertillon rentrait complètement dans les idées professées par les anciens. Pline, Vitruve, avaient déjà reconnu que le corps souffre moins dans une émigration du sud au nord que dans celles qui s’accomplissent en sens contraire. Pour qui tient compte des connaissances géographiques si limitées des Romains et des populations qu’ils avaient évidemment en vue, cette opinion est pleinement justifiée ; elle n’est en réalité que l’expression de faits que la physiologie explique. Bien que le froid et la chaleur ne soient pas les seuls agens dont on doive ici tenir compte, ils n’en jouent pas moins soit par eux-mêmes, soit par les conséquences qu’ils entraînent, un rôle prépondérant dans l’acclimatation. Or il est plus aisé de se défendre contre le premier que contre la seconde. Le froid d’ailleurs, à la condition de ne pas être excessif, provoque une réaction active qui tonifie l’organisme ; il porte pour ainsi dire son remède avec lui. Il en est tout autrement de la chaleur. Celle-ci surexcite d’abord toutes les fonctions ; mais cette exaltation physiologique passagère est suivie d’un abattement général et durable qui rend l’organisme chaque jour plus apte à subir les influences délétères dont nous parlerons plus loin. Voilà ce qui se passe chez l’Européen habitant des régions tempérées. Il en est autrement pour le nègre. Ce fils des régions les plus chaudes a besoin de chaleur. Il semble qu’il ne puisse réagir contre le moindre abaissement de température, et pour lui les difficultés de l’acclimatation se manifestent en sens inverse.

De là il résulte que la croyance des anciens en matière de migration ne peut plus être acceptée, et que la proposition de M. Bertillon doit au moins être modifiée. Dans l’hémisphère méridional, les termes devraient en être renversés, même lorsqu’il s’agit des Européens, puisque là c’est en allant vers le midi que l’on marche au-devant du froid. Du reste, le problème de l’acclimatation est loin d’être aussi simple qu’on le croit d’ordinaire. Le plus ou moins de chaleur n’en est qu’un élément. Il en est bien d’autres qu’il faut considérer. M. Boudin a eu le mérite d’en signaler quelques-uns dont on avait jusqu’à lui méconnu l’importance, et d’en préciser les effets malheureusement trop réels, bien que la cause en soit